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Mémoire des Équipages des marines de guerre, pêche, commerce & plaisance de 1939 à 1945
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Escadrille 8S-3/18S/SS-4E (2538)

par Lucien MORAREAU de l'ARDHAN le 28 décembre 2006

L'escadrille coloniale _UNITE_5_ est créée le 01 Février 1940 à Dakar.

Placée sous les ordres du lieutenant de vaisseau _HOMME_15366_, elle est destinée à épauler, pour les missions de surveillance côtière, l'escadrille _UNITE_1463_ équipée de Latécoère 302 quadrimoteurs affectée au Sénégal depuis le mois d'Août 1939.

Les deux premiers Loire 130 _PAROLE_coloniaux_ pris en compte par l'escadrille sont le n°22, arrivé à Dakar le 24 Février à bord du cargo _UNITEi_FORT DE VAUX_ et le n°23 dont les ailes et le fuseau moteur arrivent le 21 Mars à bord du cargo _UNITEi_AURIGNI_ et la coque le 5 Avril sur le _UNITEi_DAHOMEY_.

L'ensemble des caisses a été débarqué à l'hydrobase d'Air France, située dans le port même de Dakar où doit se faire l'assemblage.

Le montage du Loire n°22 est terminé le 11 Mars, il effectue son premier vol le 15 et entre en service avec le code /8S3.2.

Le montage du second appareil, le n°23, est terminé le 28 Avril et il lui est attribué le code /8S3.3.

Pendant ce mois d'Avril, les activités se limitent à la prise en main des appareils par les équipages, au réglage des équipements radio et à des essais divers.

Le 11 Avril cependant, le n°22 (8S2.2) participe à la protection de l'appareillage de la _UNITE_1026_ qui regagne la France (cuirassé _UNITE_1_ et croiseurs _UNITE_417_ et _UNITE_415_).

Au mois de Mai, le nombre des vols opérationnels augmente.

Il s'agit de protections rapprochées de bâtiments civils et militaires qui entrent et quittent le port de la capitale du Sénégal.

Au début du mois de Juin, le troisième Loire, le n°24 /8S3.1 entre en service.

Les 23 et 24 Juin, les trois appareils participent à la protection rapprochée du bâtiment de ligne _UNITE_237_ qui a quitté Brest le 18 et qui arrive à Dakar (voir page 144).

L'interdiction de vol, qui a frappé toutes les unités de l'aéronautique navale en application des clauses de l'armistice, est levée après l'attaque britannique sur _OPERATION_3_.

À Dakar, les patrouilles reprennent mais l'ennemi a changé...

Le 08 Juillet, les Loire n°22 /8S3.2 et 23 /8S3.3 cherchent, sans le trouver, le _UNITEi_HMS HERMES_ dont les avions ont attaqué à la torpille et endommagé le cuirassé _UNITE_237_.

Le 11 Juillet au soir, le Loire n°23 /8S3.3 décolle de la _UNITE_612_ pour une mission d'entraînement au vol de nuit.

Pour une raison qui ne sera pas expliquée par le rapport d'enquête, l'appareil percute presque immédiatement la mer.

L'enseigne de vaisseau _HOMME_74_ observateur et chef de bord ainsi que le premier maître pilote _HOMME_57_, bien que blessés, parviennent à quitter l'épave et sont secourus par une embarcation de pêcheurs, mais les deux autres passagers, l'aspirant observateur _HOMME_1458_ et le quartier maître radio volant _HOMME_58_, prisonniers de la cabine, périssent noyés.

À la suite de l'attaque du _UNITE_237_ et pour prévenir le renouvellement de telles actions, une surveillance aérienne des abords de Dakar est organisée.

Le 14 Juillet, le Loire n°22, avec l'enseigne de vaisseau de 1ère classe observateur _HOMME_74_ comme chef de bord et le maître _HOMME_85_ comme pilote, est envoyé à Conakry d'où, tous les deux jours, ils effectuent une mission de reconnaissance sur Freetown, en Sierra Leone.

Après un dernier vol sur les îles de Los, l'hydravion rentre à Dakar le 28.

Le 01 Août, l'escadrille _UNITE_5_ change d'appellation et devient la _UNITEi_18S_ mais pour peu de temps car elle est dissoute le 12 Septembre.

Ses deux Loire 130 et leurs équipages sont versés à l'escadrille _UNITE_1463_ au sein de laquelle ils constituent une section de surveillance autonome SS-4E.

Les deux hydravions prennent les codes /4E.5 pour le n°22 et /4E.6 pour le n°24.

Le 14, le Loire n°22, avec l'enseigne de vaisseau de 1ère classe observateur _HOMME_1459_ et le maître pilote _HOMME_85_, effectue une reconnaissance du port de Bathurst en Gambie et, le 16, une mission de recherche de l'épave du cargo _UNITEi_POITIERS_ qui s'est sabordé après avoir été arraisonné par des bâtiments de guerre britanniques.

Le 24 Septembre, la Royal Navy attaque Dakar (voir encadré).

À 09H50, au milieu des gerbes d'éclatements des obus de 380 mm, le lieutenant de vaisseau _HOMME_15366_ décolle aux commandes du Loire n°24 /4E.6 pour observer et guider les tirs du cuirassé _UNITE_237_.

Mais ce dernier ne peut utiliser ses pièces principales de 380 mm endommagées et l'hydravion revient à la _UNITE_612_ 50 minutes plus tard.

Le 25, les deux Loire de la Section effectuent des missions de recherche de l'escadre britannique, au Nord et au sud de Dakar.

Le lendemain 26, le Loire n°22 /4E.5 décolle à 05H55 pour une mission de reconnaissance au large.

Dix minutes plus tard, il est intercepté par trois Dewoitine 501 de l'escadrille _UNITEi_I6_ de l'Armée de l'Air basée à Ouakam.

Si deux des pilotes identifient correctement l'appareil, le troisième le confond avec un Walrus britannique ! Et il ouvre le feu à bout portant.

La rafale ayant atteint le système de verrouillage de l'aile gauche, cette dernière se replie et le malheureux hydravion part brutalement en vrille.

La violence de la manœuvre involontaire est telle que le pilote du Loire, le maître _HOMME_85_, est éjecté de son habitacle et son parachute, commandé par le câble d'ouverture automatique, se déploie normalement.

Les trois autres membres de l'équipage, l'enseigne de vaisseau de 1ère classe observateur _HOMME_1459_, le quartier maître radio volant _HOMME_68_ et le quartier-maître mécanicien volant _HOMME_78_, n'ont pas cette chance et, prisonniers dans la cabine du Loire, ils disparaissent avec elle lors de l'écrasement en mer de l'appareil.

La descente en parachute d'_HOMME_85_ a été vue par l'équipage du Loire 4HS.2 du croiseur _UNITE_34_ piloté par le lieutenant de vaisseau _HOMME_291_.

Il amerrit immédiatement et récupère le pilote, très choqué par son aventure, mais indemne.

Après ce drame, la section de surveillance est réduite à un appareil en ligne.

Afin de rétablir l'effectif autorisé, il est décidé de faire revenir à Dakar et transférer à la SS les deux Loire du croiseur _UNITE_35_ en grandes réparations à Casablanca.

Les deux appareils, les n°76 et 80, accompagnés de leurs équipage également mutés, sont embarqués sur le cargo _UNITEi_CHENONCEAUX_ qui appareille le 20 Octobre du Maroc et arrive à Dakar le 26.

Versés à la section dès leur débarquement, ils prennent les codes 4E5 et 4E7.

En Décembre, une nouvelle tragédie frappe la section.

Le 11, le lieutenant de vaisseau _HOMME_15366_, accompagné du maître radio volant _HOMME_17_, décolle pour un vol d'entraînement à bord du Loire 130 « colonial » n°24 /4E.6.

Des témoins présents sur le môle qui protège la BAN voient l'hydravion effectuer un virage à très basse altitude au cours duquel une aile touche la surface de la mer.

L'appareil capote immédiatement, mais surnage, inversé.

Les secours s'organisent mais il est trop tard et ce sont deux cadavres que les sauveteurs parviennent à extraire du fuselage du Loire.

Le 15 Décembre, l'infortuné _HOMME_15366_ est remplacé temporairement à la tête de la Section par l'enseigne de vaisseau de 1ère classe _HOMME_76_ qui vient de débarquer de l'aviso colonial _UNITE_65_.

L'arrivée, le 23 Janvier du Loire 130 n°36, convoyé de Karouba à Casablanca et transporté par cargo jusqu'à Dakar, permet de rétablir la dotation à trois appareils.

Mais, la menace d'une nouvelle tentative de débarquement britannique s'étant estompée, les activités de la section sont réduites et seuls quelques vols d'entraînement sont effectués au cours du premier trimestre 1941.

À la fin du mois de Février, le lieutenant de vaisseau _HOMME_65_, ex-commandant de l'hydravion de croisière _PAROLE_Latécoère 302 Mouneyrès_, est nommé à la tête de la section.

Le seul événement échappant à la routine pendant cette période est la recherche menée le 29 Mars par le Loire n°76 /4E.5, d'un hydravion du _UNITE_35_ qui, sur panne de moteur, a été contraint d'amerrir dans l'embouchure du Saloum, à environ 100 km au sud de Dakar.

Le second trimestre 1941 ne voit guère plus d'activité pour les Loire.

Au mois de Mai, le lieutenant de vaisseau _HOMME_65_ est remplacé par le lieutenant de vaisseau _HOMME_51_ et, le 09 Juin, un appareil de la section se porte au devant du paquebot mixte _UNITE_893_ qui a été arraisonné par un bâtiment de guerre britannique.

Il s'agit de sa dernière action car, le 01 Juillet 1941, la section de surveillance de la _UNITE_1463_ est dissoute.

Son équipage et ses appareils sont transférés au bâtiment de ligne _UNITE_237_ (voir page 145) où ils vont constituer le service _PAROLE_aviation_ du bord.

Pour sa participation aux combats contre la Royal Navy, la section de surveillance de la _UNITE_1463_ sera citée à l'ordre de l'Armée de mer (Ordre 1110 E.M.I.P. du 14/10/1940 du commandant de la Marine en AOF, voir Annexe I).

Les appareils suivants ont été en service à la 8S-3/18S/SS-4E :
• N°22Cl /8S3.2 puis /18S.2 puis /4E.5,
• N°23Cl /8S3.3,
• N°24Cl /8S3.1 puis /18S.1 puis /4E.6,
• N°36 /4E.6,
• N°76 /4E.5,
• N°80 /4E.7.



Pourquoi ne suis je pas monté en grade dans la Marine ? (138)

par _HOMME_8_ le septembre 1940

À Dakar j'étais le chauffeur du capitaine de frégate commandant la _UNITE_1429_ de laquelle dépendait la _UNITE_5_ et tous les jours je faisais la navette entre la base de _UNITE_612_ et l'hôtel BOUQUERAU (7 km environ) où logeaient les officiers de Marine, les officiers des Équipages et les _GLOSSE_OMS_ des deux escadrilles.

Après le bombardement de Dakar en septembre 1940 (_OPERATION_15_), et la non remise de la ville aux forces franco-britanniques par le gouverneur général de l'_GLOSSE_AOF_, quatre têtes brûlées âgées d'une vingtaine d'années, dont je faisais partie, décidèrent de rejoindre les forces alliées en Gambie anglaise.

Je passe vite sur les préparatifs précaires pour cette aventure, mais à 20 ans !!!!!!!!!

Toujours est-il qu'un soir nous embarquons dans une des deux tractions avant du CDT (je me souviens encore de leurs matricules : SC 7550 & SC 7332) et en route pour l'aventure.

Nous ne sommes pas allés bien loin car peu après Rufisque une patrouille de tirailleurs sénégalais nous arrêta et retour menottés au bercail.

Résultat : 60 jours de prison dont 20 de cellule à faire à Marine Dakar.

Heureusement pour nous notre pacha a été magnanime, nous avait-il compris ?????

Toujours est-il que les 60 jours nous les avons passés à enjoliver la base de _UNITE_612_, mangés et couchés comme si rien n'avait eu lieu.

Je repris ensuite mon rôle de chauffeur, mais adieu pour toujours aux galons de QM2 que je devais faire coudre sur ma vareuse en octobre 1940.

66 ans après j'ai toujours la nostalgie de ce temps là et je crois que je serais encore capable de remettre ça s'il le fallait.

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