Marcel, BRACHET
Spécialité : Chauffeur   Dernier grade : Matelot
1920 (62)
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Etats de service...

Dates Evénements
Chauffeur
Matelot
- 1939 -
     /1939
PARIS - Embarqué
     /1939
MONTCALM - Embarqué
Engagement
- 1940 -
01/01/
CHACAL - Embarquement
  /09/
MARIE MAD - Embarquement




@10775

La fin du CHACAL

Auteur Marcel BRACHET – Gardien de la paix – Calais (Service Historique de la Marine) le 24 mai 1940

J'avais 19 ans en 1939, j'habitais Sangatte.

Devançant l'appel, je me suis engagé dans la Marine en qualité de chauffeur.

Après avoir fait mes classes à bord du cuirassé PARIS, j'ai été envoyé sur le MONTCALM, puis en janvier 1940 sur le contre-torpilleur CHACAL, à bord duquel je me trouvais en mai 1940.

Le vendredi 24 mai, vers quatre heures du matin, nous nous trouvions dans la Manche, près de Boulogne, exactement par le travers d'Alprech.

À 5 heures j'étais remonté de mon quart et me reposais dans le poste d'équipage où mon hamac se trouvait à bâbord.

Vers 9 heures une escadrille de sept bombardiers, des Stukas, est venue nous survoler.

J'ai, ainsi que mes camarades qui dormaient comme moi, été réveillé par les tirs de la DCA du bord. Les mitrailleuses faisaient rage.

Une des bombes lancées par les assaillants est tombée à l'avant, traversant le poste de part en part et coupant le raban de l'un de nos camarades qui couchait à tribord.

Elle ne fit cependant pas de dégâts sérieux.

Bien entendu nous avons aussitôt été débout.

A ce moment on sonnait « Aux postes de combat ».

Nous n'avons pas eu le temps matériel de nous y rendre. Au moment où avec quelques camarades je me précipitais par les coursives pour atteindre le poste qui m'était assigné on sonnait « Aux postes d'évacuation ».

Je m'y suis porté rapidement, je voulais m'évacuer par tribord.

A ce moment une bombe est tombée dans l'eau non loin de moi à environ deux mètres à tribord. J'ai hâtivement rebroussé chemin et suis parti à bâbord.

Là, j'ai trouvé des camarades qui s'occupaient à mettre à l'eau l'une des baleinières du bord. Saisissant l'un des cordages activant la poulie à triple cordage du système de descente de la baleinière, je me suis laissé glisser dans l'eau.

Naturellement je portais, ainsi qu'il était prescrit dans un cas semblable, une ceinture de sauvetage, aussi suis-je rapidement revenu à la surface. Un camarade, Franck, un parisien dont je n'ai pas oublié le nom, m'a aussitôt rattrapé, et m'a aidé à me hisser dans la baleinière.

Le capitaine d'armes, un maître principal a pris la direction de l'embarcation, il m'a donné l'ordre de prendre des avirons et d'aider à écarter la baleinière du CHACAL. Le navire avait l'avant tourné du coté d'Étaples et nous nous trouvions à sa gauche c'est-à-dire à bâbord.

Pendant ce temps les batteries allemandes, d'ailleurs de petit calibre, qui étaient déjà installées le long de la côte, d'Alprech à la Pointe-aux-oies, tiraient sur nous.

La baleinière contenait une vingtaine d'hommes, c'était le grand maximum qu'elle pouvait embarquer sans risquer de couler.

Nous remorquions en outre un radeau auquel s'accrochaient une douzaine de nos camarades dont un blessé.

Nous nous sommes donc éloignés de notre contre-torpilleur et de la terre pour éviter d'être fait prisonniers.

Partis au large, c'est deux heures environ plus tard que nous avons été repêchés et recueillis par le MESSIDOR, chalutier dragueur de mines, qui, après de nombreuses manœuvres pour se soustraire au tir des pièces allemandes mit le cap sur Le Havre où nous sommes arrivés le lendemain seulement après au moins douze heures de mer. Nous y sommes restés peu de temps et sommes partis pour Cherbourg où, après une pause assez courte nous avons rallié Brest.

Là on nous a donné quinze jours de permission à aller passer à Camaret, dans le voisinage. Au bout de dix jours l'avance allemande laissait craindre l'arrivée de l'ennemi, on nous a embarqué sur un cargo qui nous a amené en Angleterre. Nous avons débarqué à Plymouth, où après être demeuré là 3 jours, un paquebot nous a évacué sur Liverpool. Peu après, nous sommes revenus à Plymouth, par chemin de fer, cette fois, et de là, par convoi sommes partis pour Casablanca.

J'y ai été embarqué sur un dragueur de mines ; le MARIE MAD, chalutier, chargé de la surveillance de la côte Marocaine.