CENTRE D'EXPÉRIMENTATION DU PACIFIQUE (ou) CEP - task force
1966 (Mise en service)
  1996
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Marin à bord...

Embarquement pour l'année 1969

Juin : GUILLOIS C.

Unité ayant été intégrée dans ce groupement...

LA COQUILLE

(N°18140)

Le MAINE ex-EL-MANSOUR (EL-MANSOUR)

Auteur M. Alain STREIFF le 16 mai 2013

Mon premier embarquement en 1969, dédié au logement des techniciens et ingénieurs du CEA à Moruroa (Mururoa pour nous) ! Tâche ingrate pour ce baroudeur qui a embarqué une partie de l'or de la Banque de France à Brest aux environs du 18 juin 40 sous le feu des forces allemandes toutes proches (Il ne manque qu'une caisse d'or sur la totalité ! Elle serait au fond du port de Brest à Laninon, introuvable malgré des recherches poussées en 45, je crois !)

Il a évidemment d'autres faits d'armes à son actif : Norvège, Afrique, Italie, Allemagne en 43 et sabordage par l'ennemi en 44 !

Le Maine (EL-MANSOUR) était un amour de navire. J'étais un électricien machines de 17 ans... C'était « ma machine », pas touche à mon turbo-alternateur, à ma turbo-dynamo et mes 2 vieux groupes diesel-dynamo couverts de rustines et pansements divers qui crachaient des jets de gaz par ses cylindres malades désactivés.

Ce navire était en courant continu pour toutes les servitudes du bord et en alternatif pour les parties « modernes ». Il ne restait que deux chaudières au fuel lourd sur quatre. Elles n'avaient pas beaucoup d'automatismes ! Un petit roupillon de l'homme de quart et hop...le niveau d'eau du dôme de la chaudière vapeur disparaissait par le haut entraînant de l'eau dans les turbos qui faisaient des bonds avant de se mettre en sécurité.

Une urgence « petits besoins » et hop...la pression de fuel montait allègrement en flèche entraînant un énorme panache de fumée noire qui déposait des fumerons bien noirs et bien gras sur le petit déjeuner de l'Amiral commandant le CENTRE D'EXPÉRIMENTATION DU PACIFIQUE (ou) CEP. Il savait nous en faire la remarque !

Je passais mon temps à tenter d'adapter des charbons inappropriés aux moteurs de pompes, ventilateurs, dynamos qui marquaient leur mécontentement par des gerbes d'étincelles... j'avais les mains noires en permanence. Mais j'aimais ça. Je finissais toujours par gagner la partie.

Le Maine (EL-MANSOUR) était vivant ! Si, si, je vous l'assure...

Très cool et un peu endormi par mer d'huile avec sa forte gîte permanente qui le rendait reconnaissable de très loin (le passage en bassin de stabilité à Toulon en 69 n'a rien apporté malgré la pose de tonnes et de tonnes de gueuses sur son tribord il me semble),

Il devenait capricieux et récalcitrant par mer forte. La coque se dilatait, se contractait en faisant exploser des rivets et des hublots.

Il fallait faire des rondes permanentes dans les cabines sous le pont principal afin de détecter les entrées d'eau et y remédier rapidement.

Il arrivait qu'un mât de charge avant (l'arrière n'existant plus) se libère et balaie la plage avant de façon dangereuse ! Il fallait le capturer au « lasso « en baissant la tête afin de l'obliger à réintégrer son berceau.

Nous avions des incendies de vases clos sur nos chaudières et des chaloupes qui tentaient de vivre leur vie sans nous.

Il n'aimait vraiment pas la mauvaise mer, il marquait toujours un temps d'arrêt sur un fort coup de roulis côté gîte. Nous avions les yeux rivés sur le gîtomètre : relèvera, relèvera pas ? Et puis, après un dérapage, ouf ! Il retrouvait son assiette. Enfin presque !

Preuve que nous aimions ce navire : Nous avons fait escale en février 1970 à Long Beach, proche du QUEEN MARY en cours de modification en hôtel et au milieu des gigantesques porte-avions américains de la flotte du Pacifique... et bien... malgré la silhouette désuète et obsolète de NOTRE bateau... nous étions fiers de notre Seigneur de la mer !

En Mars 1970, nous sommes arrivés à Papeete, c'était la dernière grande croisière du Maine (EL-MANSOUR). Mais quelle croisière : Toulon, Gibraltar, Funchal et mes premières vapeurs de Madère, Fort de France, Panama, Long Beach, Honolulu et enfin Papeete et Moruroa pour l'éternité.

Sa fin de vie maritime, hormis d'être mouillé « à cul » d'une jetée, maintenu en place par des amarres « super-cobra », mix de câbles d'acier et cordages synthétiques a consisté en 8 appareillages au rythme des explosions en atmosphère. Soit 7 fois à 25 milles et 1 fois à 50 milles pour un test mégatonnique (ceci pour l'année 1970)

En janvier 1971, il a appareillé pour un carénage et diverses réparations à Papeete.

Je l'ai quitté à ce moment pour la JEANNE D'ARC. Et oui, j'ai quitté un pote cool pour un ambassadeur où rien ne doit dépasser. Pas un cheveu de trop, pas un pli qui manque. Un endroit où on salut tout ce qui bouge et on peint tout le reste. Mais j'en ai malgré tout de bons souvenirs.

Le Maine (EL-MANSOUR) reste à jamais « MON » bateau.

Il repose au fond du Pacifique, certainement armé par un fier équipage

Alain Streiff

Quartier maître électricien en 1969