LE GLORIEUX - sous-marin - Classe «REDOUTABLE»
Chantier : Arsenal de Cherbourg (France)
29 novembre 1931 (Lancement)
01 juin 1934 (Mise en service)
 27 octobre 1952
courriel Contacter l'association au sujet de cette unité...


Marins à bord...

Date inconnue

FAVREAU P. -  GOEHRS Y.

Embarquement pour l'année 1932

Novembre : DERRIEN E.
Décembre : DERRIEN E.

Embarquement pour l'année 1939

DUMAS M.
Juillet : CHAMPET

Embarquement pour l'année 1940

Décembre : DOYEN P.

Embarquement pour l'année 1941

Juillet : LEHON A.

Embarquement pour l'année 1942

CARIOU -  COSSE -  MEYNIER R.
Avril : LEHON A.
Mai : BAZOCHE
Novembre : JOUBIN P.

Embarquement pour l'année 1944

Novembre : PELLEGRIN M.

Opération(s) en relation avec cette unité...

Bataille de Diego-Suarez    -   Sabordage de la flotte à Toulon

Journal de bord...

Dates Evénements
     Numéro de coque : Q168
01/04/1929Tranche 1929 - Mis en chantier
10/02/1930Mis sur cale
28/12/19321935DERRIEN Ernest (Commandant)
01/01/1933Armement pour essais
22/06     Présentation en recettes
31/12     Entrée en armement définitif
01/05/1934Clôture d'armement
01/06     Armateur : Marine nationale (FRANCE)
1939Opérations au Maroc puis en AOF
20/07     CHAMPET (Commandant)
11/1940Port d'attache : Toulon
10/1941Port d'attache : Madagascar
05/05/1942BAZOCHE (Commandant)
Basé à Diégo-Suarez, confrontation avec l'escadre Britannique lors de Bataille de Diego-Suarez, arrive à s'échapper
07/05/1942IRONCLAD (Bataille de Diego-Suarez)
     MEYNIER Robert (Commandant)
07     Port d'attache : Toulon
27/11     SABORDAGE DE LA FLOTTE A TOULON (Sabordage de la flotte à Toulon) (L'équipage refuse le sabordage et appareille en catastrophe pour rejoindre Oran (Algérie).)
20/12     L'ensemble de l'équipage a droit au port de la médaille des évadés
Patrouilles dans les Bermudes puis réparation aux États-Unis d'Amérique
09/1944Retour à Oran (Algérie)
27/10/1952Condamné



Photographies, numérisations, etc.

© 2006-2018 ALAMER
LE GLORIEUX à Toulon (M. Jean-Jacques JAOUEN) - 1951
© 2006-2018 ALAMER
LE GLORIEUX à Oran (Pierre JOUBIN) - 1942
© 2006-2018 ALAMER
LE GLORIEUX : en construction à l'arsenal de Cherbourg
© 2006-2018 ALAMER
Maurice DUMAS, LE GLORIEUX : Marcel LECLERC 5ème du second rang - 09/09/1939


Citation...

A l'Ordre de l'Armée de Mer - LE GLORIEUX - 20 décembre 1942

« Sous le commandement du Capitaine de Corvette Robert MEYNIER étant partiellement indisponible à la base du Mourillon à Toulon, a le 27 novembre, dans la nuit et sous le feu des premiers ennemis parvenus sur les quais, réussi un appareillage précipité, avec son Etat-Major, un équipage sommaire et une maistrance réduite à deux Officiers-Mariniers. Attaqué en rade par bombes et grenades, poursuivi par des vedettes rapides mouillant des filets indicateurs, est parvenu à sortir des passes. Plongeant et manœuvrant sans compas a esquivé de contact ennemi maintenu jusqu'à la nuit. Ayant gagné un port neutre le 29 novembre, en est reparti en hâte sous la menace d'un internement, pour gagner Oran, le 30 novembre au matin. A donné ainsi un splendide exemple de valeur et de discipline collective suppléant à l'entraînement d'ensemble, esprit de décision, énergie, connaissance technique et abnégation de tous, commandant, état-Major, maistrance et équipage a maintenu haut son pavillon en échappant au sabordage des forces de Haute-Mer. »


Caractéristique(s)...

 Déplacement : 1 379 tW 1 570 tonnes en surface 2 060 tonnes en plongée
 Dimensions : Longueur : 92,30 m Largeur : 8,20 m Tirant d’eau : 4,70 m
 Propulsion : 2 moteurs diesel Sulzer ou Schneider-Carel - 2 moteurs électriques
 Puissance : Diesels : 6 000 cv Électriques : 2 250 cv
 Vitesse (en noeud) : 18,6 nd en surface 10 nd en plongée
 Combustible : 95 tonnes
 Autonomie (en jour) : 5 069 nautiques à 10 nd en surface 100 nautiques à 5 nd en plongée
 Effectif : 5 officiers - 14 officiers mariniers - 45 quartiers-maîtres et matelots


Armement(s)...

Artillerie principale
    1 canon de 100 mm/40 Mod 25 et 150 coups
Artillerie antiaérienne
    2 mitrailleuses de 13,2 mm AA (1 canon jumelé)
Tube lance-torpilles
    9 TLT de 550 mm avec 12 torpilles - 2 TLT de 400 mm

(N°502)

LE GLORIEUX et les risques du métier, le décès de Maurice DUMAS

Les circonstances ayant provoqué le décès du quartier-maître Maurice DUMAS sont inhérentes aux dangers permanents et omniprésents de la vie à bord d'un sous-marin. Tous ces dangers sont contenus, et c'est une évidence, dans un espace restreint où l'espace vital réservé aux sous-mariniers en est réduit à sa plus simple expression. Les équipements de ce fait occupent les volumes les plus importants, et s'ils sont nécessaires et indispensables à la bonne marche du navire, ils ne laissent que peu d'espace de vie à ses occupants.

La propulsion de ce type de navire, appelé par définition à naviguer sous l'eau, nécessite un couplage de moteurs diesels et de moteurs électriques, les uns étant reliés aux autres par l’intermédiaire d'alternateurs se relayant en fonction de la navigation de surface ou de plongée. Le moteur diesel est gros consommateur d'oxygène, ce qui implique que son utilisation ne peut être effectuée qu'en surface, ou à défaut en immersion périscopique. Un manchon appelé Schnorchel, émergeant en surface alimente et renouvelle en air frais le bâtiment. Pendant l'immersion profonde, pour cette raison, il ne peut plus être utilisé. Seul le moteur électrique est sollicité, et dans les limites de capacité des ses batteries qui sont plus ou moins opérantes en fonction des exigences de vitesse imposée, aussi du temps d'énergie disponible, de la puissance requise et donc du niveau de charge. Les batteries au plomb, de grosse capacité, alimentent le moteur électrique. L'électrolyte utilisé, solution d'acide sulfurique concentré, fait la liaison inter-électrodes de chaque élément individuel, connecté en série, pour former une batterie.

Cette technologie en vigueur à l'époque, est le meilleur compromis dans les rapports de masse, d'autonomie et de puissance. Elle a aussi des inconvénients majeurs :
• L'hydrogène et l'oxygène sont produits par électrolyse lors de la charge des batteries. L'émission de ces gaz peuvent former avec l'air ambiant un mélange détonnant, en cas de surcharge d'un ou de plusieurs éléments de batterie, ou quand l'un de ceux-ci est, à l'inverse, en sous-charge, ce qui dans ce cas peut entraîner une inversion de polarité tout aussi dangereuse d'un ou de plusieurs éléments défaillants.
• L'acide sulfurique (électrolyte) contenu dans chaque élément est hautement corrosif, par contact direct ou par émanation de gaz : la peau, les yeux, les voies respiratoires ou digestives peuvent être atteintes, la nocivité étant pratiquement immédiate. Les brûlures occasionnées sont souvent importantes et définitives, souvent irréversibles.

La maintenance de ce matériel, et les vérifications nécessaires, est de la plus haute importance ; c'est entre autres, un des éléments de survie du navire. Les inspections sont rendues périlleuses, et nécessitent non seulement de veiller aux mesures de sécurité nécessaires, mais d'effectuer aussi les bons diagnostics lors des interventions.

Celles-ci ont pour but de vérifier les niveaux d'électrolyte, le niveau de tension, la température, le tarage des connections électriques, les fuites possibles de liquide, la détection de vapeurs nocives etc…(certains sous mariniers évoquent l'utilité et la présence indispensable du chien mascotte à bord, plus apte à révéler la présence de ces vapeurs suspectes).

Tout consiste donc à repérer tout élément défectueux, et au besoin à l'isoler, avant que toute surchauffe intempestive n'entraîne des dégradations importantes difficilement maîtrisables. Si l'on rajoute la difficulté d'accès à ces composants, où l'espace réduit limite les mouvements et où la plupart du temps le visage de l'intervenant est très proche des orifices de niveau, ou des bornages de jonctions électriques, il est facile d'imaginer la difficulté des interventions. Sur certains bâtiments, celles-ci étaient réalisées sur chariot mobile où l'opérateur était allongé faute de hauteur.

Il est certain que ce type d'incident, ou d'accident, a pu être évité mais il est plus que probable qu'il a du survenir à maintes reprises. La littérature n'en fait pas beaucoup état, seuls les journaux de bord pourraient révéler l'ampleur des incidents et leurs niveaux de gravité. Le quartier maître Maurice DUMAS est l'exemple même de l'existence de pareils événements, qui peuvent mettre en péril non seulement les intervenants dans leur mission de contrôle, mais aussi le navire et son équipage.


(N°2615)

Le 27 Novembre 1942 : Sabordage de la flotte à Toulon

Résumé...


Après les noires journées de La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), Toulon devient la seule vraie base navale digne d'accueillir la flotte française : 90 navires y sont au mouillage en Novembre 1942 ce qui représente plus de la moitié des unités navales dont la partie la plus moderne.

Le JEAN BART (à Casablanca) et le RICHELIEU (à Alexandrie) sont les deux fleurons manquants à l'appel.

Composition de la flotte...


La flotte se divise en 3 groupes.

La flotte de Haute Mer sous les ordres de l'amiral DE LABORDE dont le pavillon est sur le STRASBOURG :
STRASBOURG
ALGÉRIE
COLBERT
DUPLEIX
MARSEILLAISE
JEAN DE VIENNE
• 10 contre-torpilleurs et 3 torpilleurs

Les bâtiments armés sous les ordres du préfet maritime vice-amiral MARQUIS :
PROVENCE
COMMANDANT TESTE
• 6 torpilleurs
• 3 sous-marins

Les bâtiments en gardiennage :
DUNKERQUE
FOCH
LA GALISSONNIÈRE
• 8 contre-torpilleurs
• 6 torpilleurs
• 10 sous-marins

Calendrier...


Le débarquement allié en Afrique du Nord le 08 Novembre 1942 va fournir à HITLER le prétexte qui lui faisait défaut pour envahir la zone libre et le 11 Novembre 1942 il déclenche l'opération ATTILA, franchissant la ligne de démarcation.

Malgré la menace sous-jacente qui pèse sur la flotte de Toulon, le gouvernement de Vichy se fie aux promesses du Führer qui s'est engagé à laisser la base navale sous autorité française.

Un récent télégramme d'HITLER lui-même avait stipulé que la rade ne serait pas occupée.

Il semblerait que les autorités françaises d'alors aient oublié le peu de crédit que l'on pouvait accorder au déclarations du chef du Reich.

12 Novembre


L'amiral François DARLAN appelle la flotte à se joindre aux alliés pour combattre HITLER.

Hélas, les commandants avaient tous du prêter serment au gouvernement de Vichy : appareiller aurait donc été interprété comme une haute trahison.

De plus, dès le déclenchement de l'opération ATTILA, la Luftwaffe avait réuni les moyens nécessaires pour s'opposer efficacement à toute tentative de sortie de la Flotte française.

Une opération aussi hasardeuse aurait coûté très cher sur le plan humain et beaucoup d'unités n'auraient pas été rapidement opérationnelles, à condition d'avoir pu rallier un port allié.

L'offensive allemande s'arrête aux portes de Toulon où les troupes françaises ont pris position pour défendre la flotte.

19 Novembre


LAVAL ordonne au troupes de se retirer du camp retranché.

Les allemands réitèrent leurs promesses de 1940 :

« On ne touche pas à la flotte » mais en préparent la capture par surprise au travers l'opération ANTON-LILA.

4 groupes de combat se préparent dans ce but :
• Groupe de combat A : Ce groupe doit avancer depuis l'Ouest, capturer la péninsule sud de Toulon, la ville de La Seyne-sur-Mer, la forteresse Napoléon et Six-Fours, ainsi que la péninsule de Saint-Mandrier qui contrôle l'accès au port
• Groupe de combat B : Ce groupe doit avancer depuis l'Ouest, le long de la Nationale 8 pour atteindre le coeur de Toulon, occuper l'arsenal et capturer la flotte
• Groupe de combat C : Ce groupe doit avancer derrière le groupe B pour couvrir ses arrières et ses flancs. Il doit également capturer la forteresse du Mont Faron et Grand Saint-Antoine ainsi que les bâtiments militaires à Saint-Anne
• Groupe de combat D : Ce groupe arrive de l'Est, le long de la Nationale 97 après avoir passé Toulon au Nord. Il doit capturer la station radio du Mourillon, le fort Lamalgue (siège du Haut Commandement) et le bassin du Mourillon

En complément de ces groupes, des éléments SS avancent derrière le groupe A pour occuper Sanary, pendant que plus à l'ouest des éléments de la 335ème Division d'Infanterie (environ un bataillon) doivent sécuriser la côte.

Pour finir, la Luftwaffe utilisera des Heinkel 111 pour miner les chenaux du port, attaquer et couler tout navire français tentant de sortir.

Des Junker 88 et des Heinkel 115 sont également prêts à intervenir pour intercepter tout navire appareillant.

27 Novembre


04H25 Les chars allemands sont à la porte de l'arsenal.

L'amiral MARQUIS est fait prisonnier au fort Lamalgue.

04H30 l'amiral DE LABORDE est prévenu. Il refuse de croire au manquement de parole des allemands mais fait réveiller les équipages, allumer les chaudières (4 à 5 heures avant de pouvoir appareiller) et prend les dispositions en vue du sabordage

05H25 Les panzer allemands forcent la porte de l'arsenal. Le STRASBOURG lance par radio l'ordre de sabordage :
« Ici FHM. Sabordez la flotte... Sabordez la flotte... »

L'ordre est répété par signaux optiques.

Des porteurs emmènent également le message aux navires.

« Exécutez immédiatement le sabordage de votre bâtiment. Amiral DE LABORDE, commandant en chef les forces de haute mer »

Pendant ce temps, les Panzer se perdent dans les dédales de l'arsenal et arrivent trop tard pour empêcher le sabordage.

Un violent accrochage a lieu sur le STRASBOURG : un obus de 75 millimètres fait un mort et cinq blessés en tombant sur la tourelle 3. Le commandant en second ordonne de riposter au fusil mitrailleur et à la mitrailleuse. Des allemands sont fauchés mais DE LABORDE fait cesser le tir.

En quelques minutes les destructions très importantes sur de nombreux navires :
• Le STRASBOURG coule droit sur 14 mètres de fond
• L'ALGÉRIE va brûler pendant 2 jours
• La MARSEILLAISE coule avec 30° gîte
• Le DUPLEIX est incendié à 0625 quand les allemands montent à bord. Les soutes à munitions explosent à 08H30, les torpilles à 1100
• Les torpilleurs et contre-torpilleurs (Quai Noël) sont coulés quand les allemands arrivent.
• Le mât du CASSARD arbore le pavillon « Ordres amiral exécutés »
• En ce qui concerne les bâtiments en gardiennage ou réparation, le sabordage est difficile à effectuer cause des équipages réduits
• Le DUNKERQUE est détruit in extrémis
• 4 contre torpilleurs (dans les grands bassins Vauban) et 2 torpilleurs sont capturés presque intacts (PANTHÈRE et TIGRE aux appontements de Milhaud)
• Toutes les installations de la Marine nationale (batteries côtières et front de mer) sont détruites mais, bravant les ordres de sabordage car n'appartenant pas aux Forces de Haute Mer, 5 sous-marins (CASABIANCA, MARSOUIN, LE GLORIEUX, IRIS et VÉNUS) appareillent du Mourillon : le VÉNUS se sabordera en grande rade alors que les autres, en parvenant à éviter à la fois les mines et les bombardements allemands, parviendront à prendre le large. Le CASABIANCA et le MARSOUIN rejoindront Alger, LE GLORIEUX ira à Oran alors que l'IRIS se réfugiera à Barcelone

Conclusion...


La défaite stratégique est indéniable pour les allemands : ils n'ont pu mettre la mains sur la flotte française qui est détruite à 90% dont la totalité des Forces de Haute Mer.

Le sabordage montre à CHURCHILL que la parole donnée par François DARLAN en Juin 1940 n'était pas vaine.

Quant au gouvernement de Vichy, il vient de perdre son meilleur atout vis-à-vis de l'opinion française