BÉARN - porte-avions - Classe «BÉARN»
Chantier : Forges et Chantiers de la Méditerranée (La Seyne-sur-Mer, France)
15 avril 1920 (Lancement)
01 mai 1928 (Mise en service)
 31 mars 1967
courriel Contacter l'association au sujet de cette unité...


Marins à bord... (3)

Date inconnue

AVRILLEUX A. -  CLAQUIN Y. -  SCLAMINEC H. -  VIOLANT B.

Embarquement pour l'année 1928

Août : JUBELIN A.
Septembre : RIVET E.

Embarquement pour l'année 1931

MERCIER L.
Juillet : GOFFENY P.
Octobre : DOYEN P.

Embarquement pour l'année 1932

Octobre : BÉLINGUIER J.

Embarquement pour l'année 1933

Avril : ROMANETTI H.

Embarquement pour l'année 1934

CHATEL R.
Juillet : LARTIGUE J.

Embarquement pour l'année 1935

Juillet : ZWANG G.

Embarquement pour l'année 1936

Mai : MOUTH J.
Décembre : ENGUEHARD P. -  LAFARGUE M.

Embarquement pour l'année 1937

Novembre : MOTARD A.

Embarquement pour l'année 1938

Janvier : JULIEN -  LE DIZÈS -  LE PAPE L.
Mars : MONTH J.
Avril : COUTAREL A. -  MACHÉ G. -  VALETON J. -  VIOLANT J.

Embarquement pour l'année 1939

Janvier : BELLEC J. -  CROGUENNEC J. -  DORIATH A. -  LAUGEROTTE G. -  LEFÈVRE E. -  LOGEAIS A. -  RUENEUVE R. -  TALLÉDEC G.
Février : PARIS P.
Mars : CASTEL R. -  DURETTE -  FLEURIT H. -  MEUDEC
Octobre : AUBERT Y. -  THOMAS M.

Embarquement pour l'année 1940

BONNEFOY L.
Février : OLLIVIER F. -  THOMAZI J.
Avril : APPRIOU E.
Décembre : BOUTELIER A.

Embarquement pour l'année 1941

Novembre : LE TESSON

Embarquement pour l'année 1942

Novembre : LE STRAT L.

Embarquement pour l'année 1943

Juin : GERMAIN P.

Embarquement pour l'année 1944

Décembre : LASVIGNE J.

Embarquement pour l'année 1945

LANCELOT P.
Mars : CHAMPION M. -  DERIEN G. -  RIVAS D.
Avril : CHARPENTIER J.
Juillet : SALIOU (alias) DICKINSON J.

Opération(s) en relation avec cette unité...

Guerre d'Indochine

Groupement auquel cette unité a été intégrée...

ESCADRE DE L'ATLANTIQUE

Journal de bord...

Dates Evénements
01/1914Mis sur cale comme cuirassé avec achèvement prévu en 1917
     Montage interrompu. Construction arrêtée au pont cuirassé inférieur.
15/04/1920Lancé comme cuirassé de la classe NORMANDIE
1923Transformation en porte-avionsen application du Traité de Washington
1925DE LABORDE Jean (Commandant)
01/05/1928Armateur : Marine nationale (FRANCE)
Mis en service comme porte-avions
01/09     01/09/1930RIVET Eugène (Commandant)
07/193401/12/1936LARTIGUE Jean (Commandant)
1935Refonte
1936Affecté à la flotte de l'Atlantique
01/12     07/10/1939LAFARGUE Maurice (Commandant)
01/08/193802/06/1992Intégré au groupement : ESCADRE DE L'ATLANTIQUE
1939Incapable d'assumer son rôle, à cause d'une vitesse insuffisante de 20 nd, il se voit ramené au rang de plate-forme d''entrainement. Ses 3 escadrilles (chasse, torpillage et surveillance) sont débarquées
07/10     AUBERT Yves (Commandant)
05/1940Convoyage des réserves d'or de la Banque de France à HALIFAX (CANADA) avec les croiseurs ÉMILE BERTIN et JEANNE D'ARC
06     Retour des États Unis d'Amérique en France avec 96 avions américains
20/06     Immobilisé à FORT-DE-FRANCE
11/194106/1943LE TESSON (Commandant)
06/1943Transformation aux États Unis d'Amérique en transport d'avions
194521/07/1954GUERRE D'INDOCHINE (Guerre d'Indochine)
LANCELOT Pierre (Commandant)
1955Utilisé comme caserne-ponton pour les équipages de sous-marins
31/03/1967Retiré du service actif et vendu pour ferraillage en Italie



Photographies, numérisations, etc.

© 2006-2018 ALAMER
BÉARN (décollage d'un biplan) (La Dépêche de Brest et de l'Ouest) - 29/05/1938
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Jean-Baptiste PIERRE sur VAR, BÉARN à l'arrière-plan (entre le 21/06/1932 et le 01/07/1934) (Mme Christiane VAN DEN BROCKE (PIERRE)) - 21/06/1932
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BÉARN à Fort-de-France (Jean MARTEL, archives communes des 4 enfants de Jean et Yolande MARTEL : Josselyne, Catherine, Jean Paul, Jeannick) - 01/12/1941
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Louis BONNEFOY sur AB2 embarquée sur BÉARN : citation à l'ordre de la flotille du BÉARN signé par Pierre CORFMAT et DE MORCOURT (Mme Monique BONNEFOY) - 20/08/1940
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BÉARN : 2 Levasseur PL.101 de l'escadrille 7S1 dans les ascenseurs central et arrière (François OLLIVIER)
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BÉARN : Dewoitine 376 de l'escadrille AC1 ex7C1 venant d'accrocher un brin (François OLLIVIER)
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BÉARN : Levasseur PL.101 de l'escadrille 7S1 au décollage (François OLLIVIER)
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BÉARN : 6 Levasseur PL.7 de l'escadrille 7B1 prêts à décoller (François OLLIVIER)
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BÉARN : Vought 156F de l'escadrille AB1 ex-7B1 s'apprêtant à décoller (François OLLIVIER)
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BÉARN : 2 Levasseur PL 101 de l'escadrille 7S1 prêts à décoller (François OLLIVIER)
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BÉARN : Dewoitine 376 de l'escadrille AC1 ex7C1, à l'accrochage (François OLLIVIER)
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BÉARN : 3 Wibault 74 de l'escadrille 7C1, suivis de 6 Levasseur PL.7 de l'escadrille 7B1. Le 7ème PL.7 est probablement celui du commandant de la flottille (François OLLIVIER)
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BÉARN : aux Saintes (Antilles) (François OLLIVIER) - 05/1941
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BÉARN : aux Saintes (Antilles) (François OLLIVIER) - 15/05/1941
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Caractéristique(s)...

 Déplacement : 22 500 tW 25 230 tonnes (normal) 26 457 tonnes (en 1967)
 Dimensions : Longueur : 182,60 m Largeur : 31,00 m (37,20 m après refonte de 1935) Tirant d’eau : 9,30 m
 Propulsion : 2 turbines centrales, 2 alternatives latérales - 12 chaudières Normand-Du Temple - 4 lignes d'arbre
 Puissance : 40 000 cv
 Vitesse (en noeud) : 21 nd
 Combustible : 2 160 tonnes de carburant puis 4 500 tonnes après 1943
 Autonomie (en jour) : 6 000 milles à 10 nd puis 7 800 milles à 10 nd après 1943 - 4 500 milles à 18 nd
 Effectif : 45 officiers et 830 matelots (aviation comprise) - 27 officiers et 624 matelots après 1943


Armement(s)...

Blindage
    Pont principal et d'envol 24 mm, ponts intermédiaires 28 à 70 mm, ceinture 83 mm, tourelles principales : toit 24 mm, côtés 50 mm.
Artillerie principale
    8 canons de 155 mm/55 Mod 21 (8 tourelles simples, 4 à l'AV, 4 à l'AR) Suppression des 8 canons après 1943
Artillerie antiaérienne
    6 canons de 75 mm AA (6 tourelles simples) 8 canons de 37 mm AA (8 canons simples) 12 mitrailleuses de 8 mm puis de 13,2 mm AA (12 canons simples) suppression de l'armement d'origine après 1943 remplacé par : 4 canons de 127 mm AA (4 tourelles simples) 4 canons de 38 mm AA (4 canons simples) 24 canons de 28 mm AA (6 batteries quadruples) 26 canons de 20 mm AA Oerlikon (26 canons simples)
Tube lance-torpilles
    4 TLT de 550 mm supprimés après 1943
Aviation embarquée
    40 avions carburant aviation : 115 856 litres

(N°18151)

L'aéronautique navale

Auteur Jean Bressolles (Source : rédaction inspirée de « L'historique de la Marine » Edition de L'ancre par l'Amiral Henri Darrieus et le Capitaine de Vaisseau Jean Quéguiner) le 01 janvier 2007

Etat des lieux


La situation de l'aéronautique navale française, sous bien des aspects, n'est pas brillante. Certes, on peut considérer que d'une façon générale l'état-major et même les politiques étaient conscients des dangers que pouvaient représenter un sous équipement de ses forces. Mais ils n'ont pas anticipé, compte tenu de la conjoncture internationale et de l'imminence du conflit, la nécessité de se doter des moyens adéquats.

A l'inverse trois grandes marines, les Etats-Unis d'Amérique, la Grande Bretagne et le Japon avaient bien intégré l'intérêt de s'équiper de moyens aériens performants dans deux domaines essentiels :
a) La surveillance maritime pour l'exploration et le renseignement,
b) La Chasse pour la protection des forces navales et d'attaque pour la projection des forces terrestres. Seule la mission de surveillance maritime a été prise en compte par la marine française.

A cet effet, les bâtiments type cuirassés ou croiseurs étaient équipés de catapultes permettant l'emploi d'hydravions de reconnaissance (Breguet, Latécoère ou Loire) assez performants. Pour les missions de combat la Marine possédaient bien des avions d'attaque, chasseurs ou bombardiers en piqué (que même l'armée de l'air ne possédaient pas) mais un élément essentiel avait été négligé : le porte-avions, ce qui parait très surprenant.

Le seul BÉARN complètement inadapté et bien trop lent pour les avions modernes sera vite considéré comme simple transport d'aviation, au même titre que le COMMANDANT TESTE. Celui-ci, à partir d'une erreur de conception, sera même à l'origine de la construction des hydravions Laté 298 eux-mêmes trop vulnérables qui resteront basés à terre. Force est de constater que déjà éprouvée par l'avance allemande en 1940, puis en 1942 (voir opérations de guerre) l'aéronautique est en situation critique, ce qui ne lui permettra pas de déceler bu de s'opposer au débarquement en Afrique du nord. L'aéronautique va néanmoins continuer d'exister par l'engagement des pilotes et des personnels rattachés qui seront versés après ralliement dans les formations de la Royal Air Force britannique ou la Fleet Air Arm, équipés de moyens rivalisant avec l'aviation allemande. Pour le reste l'aéronautique sera basée au Sénégal (Dakar) en Afrique du Nord (Oran) au Maroc(Casablanca) pour l'école de formation ; mais compte tenu des piètres performances de ses matériels, elle ne sera jamais engagée contre la Luftwaffe.

Seuls les avions de reconnaissance joueront leur rôle. De plus, la part dévolue à l'aéronautique française, décidée par les alliés se limitera à la reconnaissance par cession à la marine de Wellington et Sunderland, dont les bases françaises sont celles qui viennent d'être citées.

Les opérations


1943 : Le 2 juin, un hydravion Antarès (LV Vauchez) attaque et coule un sous-marin allemand au large de Dakar. Le 15 août, un Wellington de la 2FB, dans la même zone, attaque un second sous-marin, à priori le U-403 qui ne regagnera pas sa base, sans affirmer qu'il ait été coulé. Cinq autres attaques seront effectuées, un Sunderland sera perdu. Novembre/décembre : l'aéronautique va perdre quatre Wellington, deux Dewoitine, quatre appareils de liaison.

1944 : Le 29 janvier, attaque contre un sous-marin par un Wellington de la 2FB au large de la Mauritanie. Le 12 et 14 février, deux attaques par des Walrus de la 4S au large de la Corse. Deux Sunderland, un Wellington, Un Dewoitine, deux Walrus, un avion d'entraînement seront descendus. Mars/avril, une seule attaque et perte d'un Sunderland.

Composition de l'aéronautique


A/ Fin 1943
- AOF/DAKAR : 7ème flottille (Escadrille 3E et 4E) 9 Sunderland, 2 Achenar,1 Antarès (*)
- Maroc/Agadir : 2ème flottille (Escadrille 1B et 5B) 16 Wellington
- Algérie/Arzew : 5ème flottille (Escadrille 2S) 12 Laté 298 (Escadrille 4S) 13 Walras.
- Thiersville : 1ère flottille (Escadrille 1C et 2C) 15 Dewoitine.
- USA : 6ème flottille (en formation sur Catalina)

(*)Quelques hydravions Loire 130 répartis de la 7ème flottille entre la Corse et Pointe noire.

B/ 1944. La nomination du CV Nomy, résistant évadé de France, au poste de sous-chef d'état major puis chef du service central de l'aéronautique, dès Août 1943, puis promu contre-amiral en février 1945, va changer la donne.
Parallèlement la 6ème flottille se renforce par le remplacement des Catalina au profit des Lockheed Ventura, les opérations d'escorte de convois, de recherche et de traque des raiders et sous-marins allemands rencontrent des succès. En méditerranée, les sous-marins allemands ont disparu, les trois derniers vont se saborder. Deux Flottilles de Douglas SBD Dauntless vont arriver à Agadir, être transférées à Cognac au profit des escadrilles 3FB et 4FB. En septembre 1944 l'aéronautique va retrouver ses bases de Provence. Son organisation devient alors :
- Surveillance : Saint-Mandrier/Cuers (2S : 8 Laté 298 et 4S : 12 Walrus)
- Transport : Saint-Mandrier (_UNITEi_9F/TR_ Archenar, Bréguet)
- Bombardement : Cognac (3FB : 12 SBDS et 4FB : 12 SBDS)
- Exploration : Agadir (7FE : 9 Sunderland)
- Bombardement : Dakar (7FB : 18 Wellington)

Effectifs


Au premier janvier 1945 l'aéronavale compte 508 officiers, 1200 Officiers mariniers 3200 QM et matelots. Les Flottilles de bombardement seront engagées contre les poches allemandes de Royan et de Grave, les opérations d'explorations au profit des convois vont diminuer mais la traque des derniers U-boot au large du Maroc va se poursuivre.

Ses pilotes de chasse seront reversés à l'Armée de l'Air, la marine ayant abandonné l'idée de constitution d'escadrilles de chasse.

Il faudra attendre l'arrivée des portes-avions DIXMUDE et ARROMANCHES pour en relancer le besoin.

Seules les escadrilles de transports verront leur activité augmenter.

Pour la petite histoire pour assurer ces transports ce sont des avions allemands (Dornier et JU 52) fabriqués, non pas en Allemagne mais en France, que la manne va commander pour augmenter sa capacité.


(N°319)

Marcel BILLIEN : cérémonie du Belvédère

Auteur René-Pierre CHEVER (CLPMEM du Guilvinec) le 19 septembre 1997

Le 10 mai 1940, HITLER lance sur la France, la Belgique et la Hollande les 3 500 avions de ses luftflotten. À bord de leur Morane, Bloch, Curstiss, Dewoitine, Loire-Nieuport et bien d'autres, les aviateurs français, malgré leur infériorité numérique, vont monter à l'attaque des trop puissantes formations allemandes et descendre plus de 900 avions à croix noires, pour 575 avions à cocardes.

Fait peu connu tant les événements allaient se bousculer dans le maelström de ces années tragiques.

De source britannique, pendant la bataille d'Angleterre la luftwaffe à perdu 1 408 avions en 82 jours et 1469 pendant les 45 jours de la bataille de France. 45 jours durant, sans radar et pratiquement sans radio, les aviateurs français et alliés feront face selon la devise de GUYNEMER « dans des conditions invraisemblables, changeant sans cesse de terrain devant l'avance ennemie ».

Ils allaient monter plusieurs fois par jour à la rencontre de la Luftwaffe, malgré la défaite cuisante qui se profilait inéluctablement. Le Général D'HARCOURT dira de l'aviation française : « l n'a dépendu d'elle que les événements trouvent une autre issue ».

C'est dans ce contexte général, terrible, que l'on trouve Marcel BILLIEN, enfant du Guilvinec, descendu avec son LN 40, bombardier en piqué de la première flottille d'assaut du porte avions BÉARN, au cours d'une mission sur le port de Gênes (Italie), une mission de nuit, tempétueuse, remplie du fer et du feu de la DCA italienne. La vie de cet homme s'arrête à cet instant. Qui était cet homme ?

Marcel BILLIEN est né au Guilvinec en 1912, déjà orphelin de père perdu en mer un mois avant sa naissance. Jusqu'à 13 ans il est comme tous les gamins fourré sur le port, mais il passe néanmoins son certificat d'étude, ce qui, en 1925, n'est pas rien. Il devient marin pêcheur à 13 ans, de 1925 à 1929, comme mousse sur plusieurs bateaux, de 1929 à 1931 il passe son brevet et devient le mécanicien de L'AMOUREUSE, patron Jean LE REST de GUILVINEC. Assidu de l'Abri du Marin de Guilvinec, lieu de connaissance et d'apprentissage, il est remarqué par Jean RAVENEL directeur des Abris du Marin à la suite de Jacques DE THÉZAC, surtout pour ses facultés étonnantes en calcul et en géométrie. Il s'engage dans la Marine en 1931 et devient rapidement mécanicien aéro. Mais il veut voler. Il fait partie des 10 élus qui recevront en 1934 une bourse de pilotage et le 16 Août 1934 il est breveté pilote de l'aviation maritime. Il poursuit ses études au cours du soir de la Marine au niveau de mathématiques supérieures et le 01 Août 1939 il entre à l'école de chasse de l'armée de l'air d'Étampes, d'où il sort avec son brevet de pilote de chasse de l'aéronautique le 17 Décembre 1939.

Après sa permission de Noël, il entre à l'école d'application de la chasse de l'armée de l'air à Montpellier-Fréjorques et il est muté à l'escadrille d'assaut 17 basée à Orly dont il était le patron pilote. Muté dans le nord à la base de Berck car les estimations de l'attaque allemande deviennent de plus en plus prévisibles, contrairement à une idée reçue. Il participe au combat de Hollande particulièrement meurtrier, le 19 Mai il participe à La Tragédie de Berlaimont où, train sorti, les LN 40 plongent sur une immense colonne de chars au mépris d'une flak d'une densité infernale. La route est devenue un cimetière de blindés mais le tribut est lourd, 10 LN sur 20 ne rentreront pas. Avec ORIGNY dès le lendemain, ces deux pages d'histoire sont deux pages de gloire de l'aéronautique française, en particulier contre des blindés. Il poursuit le combat à Cherbourg-Querqueville, puis à Hyères car MUSSOLINI vient de déclarer la guerre à la FRANCE. Les attaques du golfe de Gênes (Italie) se succèdent 7 nuits durant, la veille de l'arrêt des combats prévu par l'armistice le 19 Juin à 03H00, au cours d'un engagement d'une rare violence, il est descendu et disparaît à jamais et il est promu premier maître à titre posthume. Mais son exemple doit rester gravé et nos mémoires se souvenir pour les générations futures. Nul doute que ce sacrifice suprême aura des répercussions sur les bigoudens qui décideront de résister en métropole, ou de partir rejoindre ceux de la France Libre à Londres.

Cette vie trop courte, nous l'honorons aujourd'hui pour plusieurs raisons :
• La première c'est que ce pilote de chasse est le premier du pays Bigouden, de plus issu du milieu maritime, un des cinq pilotes de chasse « Héros de l'aéronautique navale française » depuis 1910 et qu'il fait honneur à son pays et aux marins pêcheurs,
• La seconde c'est que pour reprendre l'expression de PER JAKEZ HÉLIAS à son sujet, outre ses exploits militaires au combat, il a réussi l'exploit d'une réussite sociale à peine imaginable à cette époque,
• La troisième est un devoir de mémoire envers les générations, pour lesquelles il doit servir d'exemple perpétuant les idéaux de dépassement de soi, au service de l'humanité et d'un monde qui doit devenir plus fraternel.


(N°324)

Extraits de l'agenda de l'année 1943

Auteur Roland SEVENOU le 1943

Mardi 13 Juillet 1943


Vers 10H00 on allume. Le soir vers 15H30 appareillage pour Fort de France avec une douzaine d'officiers. Nous marchons 30 nœuds. La nuit poste de combat. C'est un bateau marchand qui est seul. C'est un ami. RAS.

Mercredi 14 Juillet 1943


Arrivée à la Martinique vers 08H30. Mouillage en rade de Fort de France à 09H30. il pleut continuellement. Le BÉARN est échoué, le BERTUS en cale sèche, le BARFEAUR à quai. Sept pétroliers et plusieurs bateaux marchands sont mouillés ou à quai. Bon accueil de la part des indigènes. Nous restons sous les feux. Le soir à 22H00 nous appareillons pour la Guadeloupe. La nuit, RAS.

Vendredi 13 Août 1943


Passé Gibraltar ce matin vers 04H00. Rencontré grand convoi vers 08H30. Le temps est maintenant très calme. Nous marchons 28 nœuds. Arrivons à Oran vers midi. De nombreux bateaux de commerce sont amarrés dans le port et à Mers el-Kébir. Grand nettoyage : GIRAUD doit venir à bord. Permissionnaire par Bb. A terre il y a beaucoup d'américains.

Samedi 14 Août 1943


Le matin branle-bas à 06H30. Pas d'inspection : GIRAUD ne vient pas à bord comme prévu. Permissionnaire de 14H00 à 18H00. J'apprends que Louis est à Casablanca. René et moi nous faisons une promenade à Oran car les cafés sont fermés jusqu'à 05H00 du soir. Nous rentrons bien sages à 06H00. À 07H30 à peu près appareillage pour Alger. Quart par bordée; je suis de 23 à 05. J'écris à Louis.

Dimanche 15 Août 1943


Deux gros cuirassés anglais. L'après midi grand poste de lavage. Le soir permissionnaire pour Bb

Lundi 16 Août 1943


Le matin pdb. L'après midi travail. Le soir je ne peux pas sortir : je suis consigné à cause d'une prise de bec hier soir avec le s/m timonier. Ainsi le soir René sort seul car Maurice n'est pas sorti. La rentrée des permissionnaires est à 21H00 du soir et je n'ai rien perdu de rester à bord. LE FANTASQUE rentre.

Mardi 17 Août 1943


Le matin à 07H30 on appareille avec LE FANTASQUE. Tir sur la terre à côté de Bône. Nous faisons le quart par bordée. Le soir à 19H30 arrivée à Philippeville. Stoppons les veilles. Nous restons mouillés en dehors du port. Nous restons allumés.

Mercredi 18 Août 1943


Le matin à 07H00 appareillage de Philippeville ; exercice. Arrivée à Bizerte ; restons en dehors du port. La ville paraît être presque entièrement détruite.

Samedi 21 Août 1943


Scalea à 6 000 m environ. Après épuisement d'obus, nous partons à 27 ou 30 nœuds. Arrivée à Palerme à 07H00, nous mouillons en rade intérieure. La ville paraît avoir subi un terrible bombardement. Le soir à 18H00, appareillage pour les côtes italiennes. C'est notre deuxième mission. Nous allons bonne allure.

Dimanche 22 Août 1943


Nous naviguons silencieusement entre les îles en face du Cap Camtanella entre l'île de Capri, puis nous laissons Ischia. Notre but était Pointa Della Licosia. Nous avons patrouillé dans la baie de Naples. N'ayant rien vu nous faisons route sur Bizerte. Arrivée à 11H30. Nous sommes en rade toute la nuit. RAS

Mercredi 08 Septembre 1943


Le matin à 03h00 appareillage. Nous sommes avec LE FANTASQUE. Depuis hier soir, nous faisons deux veilles. Ce matin, 07H30 environ, nous rejoignons la flotte anglaise composée de 2 porte-avions, 4 cuirassés et une dizaine de destroyers. Temps calme. Nous marchons 16 nœuds. L'après midi RAS. Le soir, alerte DCA contre bombardiers et avions torpilleurs. Rien de cassé. Vers 18H30 ou 19H00, on a appris que l'Italie se rendait sans conditions. Nous continuons nos opérations.

Jeudi 09 Septembre 1943


Ce matin je suis de quart de 23H00 à 03H00. Poste de combat à 05H00. RAS On apprend que les américains ont débarqué à Livourne et les anglais à Salerno. Quart de 11 à 14H00. Nous continuons notre randonnée. La nuit, alerte DCA. Nous sommes attaqués par les avions allemands. L'alerte commence à 10H30 et à 11H00 je prends le quart jusqu'à 03H00. À 05H00 poste de combat. (Nuit blanche !)

Vendredi 10 Septembre 1943


Le matin nous continuons notre randonnée. On apprend que les italiens et les allemands se battent en Italie. Nous apprenons que les anglais prennent position en Italie malgré la résistance allemande. Le soir nous allons rechercher un avion qui est tombé à la mer. Nous ne retrouvons qu'un radeau en caoutchouc et personne. Il est allemand. Nous faisons route vers Palerme.

Samedi 11 Septembre 1943


Le matin de bonne heure, nous arrivons à Palerme. Nous faisons le mazout et à 05H30 appareillage pour retrouver notre Force. Dans l'après-midi des bruits courent que nous allons à Alger. On annonce que Milan et Rome sont prises par les allemands. Nous retrouvons notre Force le matin puis nous repartons seuls en direction d'Alger.

Dimanche 12 Septembre 1943


Le matin RAS. Je suis de quart de 23H00 hier à 03H00 ce matin. Temps calme. Marchons bonne allure. Nous sommes seuls. On a appris hier que la flotte italienne s'est rendue dans des ports alliés malgré les attaques allemandes qui parvinrent à couler un cuirassé italien. Nous arrivons à Alger vers midi. Nous passons la nuit à Alger. Embarquement de troupes (du bataillon de choc) et de munitions.

Lundi 13 Septembre 1943


On allume de bonne heure, vers 05 heures. On appareille. Nous filons sur la Corse à 32 nœuds. Le midi RAS ; aucune alerte. Quart par bordée ; je suis de 5 à 11 le matin et de 17 à 23. À 23H00, poste de combat. Nous arrivons devant Ajaccio. Le s/m CASABIANCA entre avec nous. Nous débarquons tout. Le maquis est en feu dans plusieurs endroits. Un peu plus d'une heure après notre arrivée nous repartons en direction d'Alger.

Mardi 14 Septembre 1943


Nous sommes en mer. Le temps est calme. Ne marchons que 25 nœuds. Avons une avarie. Nous arrivons à Alger dans la soirée. La nuit nous restons à côté du pétrolier.

Mercredi 15 Septembre 1943


Le matin de bonne heure nous appareillons et allons mouiller en rade d'Alger ; puis nous retournons à quai. Les réparations de machines commencent. Une turbine est gravement abîmée. Nous pensons prendre celle de L'AUDACIEUX qui, soit disant, est intacte. Nous avons stoppé les veilles.

Jeudi 16 Septembre 1943


De bonne heure ce matin, le FATQ, le TEMPÊTE et L'ALCYON partent pour Ajaccio. Nous ne pouvons pas marcher. La journée se passe tranquille. Toujours pas de veille. Le soir, partie de blague. Nous apprenons officiellement que nous sommes cités à l'Ordre de l'Armée de mer. C'est la 2ème citation avec celle de Mers el-Khébir.

Vendredi 17 Septembre 1943


Hier je ne suis pas allé à terre et aujourd'hui je suis de service. Le matin comme l'après-midi : bricolage. Je me sens très fatigué et j'ai toujours mal à la tête. Le soir, JEANNE D'ARC, LE FORTUNÉ et BASQUE arrivent à Alger. LE FANTASQUE accompagné de L'ALCYON et de _TEMPETE_7_ reviennent de Corse.

Samedi 18 Septembre 1943


Le matin, le TEMPÊTE et LE FANTASQUE viennent à côté de nous. L'après-midi je vais à terre avec René. Je croyais voir Guieu. Mais il n'est pas chez lui. Nous allons faire un tour, revenons à Alger, rencontrons Maurice à 17H30 et le chef armurier. Le soir, après avoir mangé à terre nous allons à l'opéra voir « Le pays du sourire ». Nous rentrons vers 11H30. RAS

Mardi 06 Octobre 1943


Le matin grand lavage. Nous avons toujours une veille. L'après-midi : réparations et bricolage. À 12H30 permissionnaire pour TB jusqu'à 18H00. Nous faisons des achats. La vie est très chère. Acheté album et photos. Le soir nous sommes à quai.

Mercredi 07 Octobre 1943


De bonne heure, les troupes sont embarquées à bord. Nous devons partir. Puis toutes les troupes s'en vont. L'île de Léros était entièrement prise. Nous retournons au mouillage. Permissionnaire pour Bd. Le soir RAS. Demain appareillage probable. Nous avons toujours une veille. Je suis de quart de 00H00 à 02H00.

Jeudi 18 Octobre 1943


Le matin pas d'appareillage : nous restons au mouillage. L'après-midi permissionnaire. Je vais à terre et fais quelques achats. Le soir RAS.

Vendredi 19 Octobre 1943


Le matin de bonne heure : appareillage avec LE FANTASQUE et un croiseur DCA. Nous allons dans le Dodécanèse. La matinée se passe bien. L'après-midi alerte DCA. Il est 16H50 et 12 avions allemands « Dornier » nous arrivent dessus. Le croiseur LE FANTASQUE et nous tirons de toutes nos pièces. Des chapelets de bombes de 500 kg tombent à côté et sur l'arrière et l'avant. Ils ne piquent pas, ils bombardent de très haut. Vers 17H40 2ème alerte DCA. Les avions arrivent sans qu'on ait le temps de réagir. Les bombes tombent à 50 m du bord. Nous avons entendu leur sifflement. Cette fois nous avons eu chaud ! La nuit nous partons seuls dans les îles. Il fait noir. Après avoir bien fouillé les îles, nous faisons demi-tour. La nuit a été calme et la vitesse était bonne.

Samedi 20 Octobre 1943


Le matin vers 01H00 nous retrouvons le croiseur et LE FANTASQUE. Le retour est calme. Aucune attaque. Nous arrivons à Alexandrie vers 15H00. Nous allons à couple d'un pétrolier. RAS.