Les doutes (ou incertitudes...)

Auteur « Les sous-marins français 1918-1945 » par le CV Claude HUAN aux éditions Marines Editions le 21 mai 2007 Les doutes (ou incertitudes...) sont les suivants :

Première incertitude sur l'abordage par le cargo dans un rapport de la commission d'enquête

« Quoique les témoins soient convaincus qu'ils ont éperonné un sous-marin, il n'y a rien d'évident pour soutenir cette conclusion. »

Deuxième incertitude : les invraisemblances

À partir du point donné par l'Amirauté britannique, le SURCOUF était à 55 nautiques, à 22H20, dans le nord du THOMPSON LYKES qui déclare l'abordage à 22H30. De plus, la route du cargo est au 356 et celle du SURCOUF au 190, c'est-à-dire deux routes presque parallèles, en sens inverse. Or, tous les témoins de l'abordage déclarent que l'abordé passa de tribord à bâbord. Pour le SURCOUF, une présentation sous cette inclinaison est exclue. La longueur du cargo est de 125 mètres mais celle du SURCOUF est de 110 mètres. Les tonnages sont de 4 700 tonnes pour le cargo et 3 300 tonnes pour le sous-marin. Les tirants d'air des deux passerelles sont identiques, le pont du sous-marin se trouve 2 mètres au-dessus de la mer. Les témoins confirment que l'abordé était bas sur l'eau et qu'il disparut sur l'avant de la passerelle, c'est à dire à 40 mètres depuis l'étrave (le SURCOUF mesure 110 mètres). Lors du passage au bassin, aucune trace de dégât ne fut relevé au-dessus de la flottaison et la vitesse du cargo fut à peine ralenti lors du choc. Or, si le pont est à 2 mètres au-dessus de l'eau, l'ensemble tourelle-baignoire est à 7-8 mètres de haut par rapport au pont, sur 30 mètres de long. La coque épaisse du sous-marin en acier à 50 kg a une épaisseur de 22 millimètres contre 6 millimètres pour celle du cargo. Les dégâts sur le cargo étaient insignifiants par rapport à ceux des destroyers abordant volontairement les U-Boot. Le SURCOUF possédait 54 tonnes de munitions d'artillerie. Pourquoi n'ont-elles pas explosé ? Enfin, sur les 350 m3 de gas-oil, près de 80 tonnes avaient été consommées. Les 270 tonnes restantes n'ont jamais été aperçues en surface. Quant au pont en bois, aucun morceau n'a été repêché. Un simple sac de ciment avait suffi à boucher le pic avant du cargo. Aucune analyse de peinture sur la coque du cargo n'a été effectuée. Aux Caraïbes, l'US Army Air Force avait basé, après l'attaque de Pearl Harbor, deux escadrilles, la 6ème (bombardement lourd) et la 3ème (bombardement). À 07H13, le 19 février, le quartier général signala à la base d'attaquer un sous-marin dans le carreau R-13, soit à quelques 50 nautiques de Panama. À ce moment, le SURCOUF se trouvait entre 30 et 50 nautiques de Panama, selon sa vitesse, protégé par son sanctuaire (une bande de 15 nautiques sur chaque bord et 120 nautiques à l'avant et à l’arrière de sa route). Ignorant cette restriction, les trois avions (deux A-17 et un B-18) attaquèrent un « very large submarine » avec huit bombes de 50 kg. Le premier avion (pilote STALEY) rapporta qu'il l'avait observé, bas sur l'eau, comme sur le point de plonger, et ayant lancé ses quatre bombes, estima qu'il l'avait touché et, tournant pendant dix minutes, le vit disparaître (déclaration de STALEY en 1990, confirmée par le journal de la 3ème escadrille). Selon les habitants de San Blas (50 nautiques à l'est de Panama), les corps de plusieurs marins furent repêchés sur la côte en février 1942 et enterrés dans le cimetière du village.