Ernest SIBIRIL

le 18 octobre 2014 Sa passion : construire des bateaux. A Carantec, il est propriétaire d'un chantier naval qu'il dirige avec grande compétence, maîtrisant l'usinage des matériaux comme toute la complexité des moteurs. Quand deux membres du réseau Alliance 10 lui demandent de passer, par voie maritime,du courrier et des hommes en Angleterre, il répond favorablement et se lance dans une extraordinaire aventure. Nous sommes alors fin 1941 et le chantier de Ernest SIBIRIL avoisine, de toutes parts, avec des bâtiments occupés par des allemands. En outre, des patrouilles circulent le long des sentiers côtiers tandis que sur mer, la vedette Normak, de 17 mètres, veille et contrôle tout le trafic. Enfin, le chenal menant du chantier à la mer est surveillé, et, un peu partout, des canons avec projecteurs ont été installés. Rapidement, Ernest SIBIRIL constitue un réseau d'une trentaine de personnes. Uniquement de sa famille et des très proches. Et c'est cette organisation qui va réussir, pendant 21 mois, à remettre en état, construire ou reconstruire 15 bateaux de 5 à 6 mètres, la plupart non pontés, et qui, tous, arriveront en Angleterre, y apportant du courrier et permettant à 196 passagers d'entrer ou de « re-entrer » dans la guerre. Et pourtant que de problèmes à résoudre et qui seront maîtrisés. Trouver des épaves, les restaurer,les peindre en noir, les munir d'un petit moteur et de voiles, trouver de l'essence, collecter des pièces détachées pour reconstituer les moteurs, loger dans la maison familiale les partants et les nourrir, mais aussi à nouveau les héberger si le vent et la mer font annuler un départ. Un soir, à table, 23 personnes. La maîtresse de maison fait face. Quant au fils, 12 ans en 1941, il épie les allées et venues des patrouilles, note les horaires, conduit trois par trois, les nuits de départ sans lune, les hôtes de ses parents aux bateaux. Et parfois les ramène. Un des 196, Alain BEAUGE dira, plus tard : « Le grand artisan des passages était un breton de Carantec, spécialiste des exploits techniques les plus spectaculaires réalisés au moyen de matériels rudimentaires. Aux qualités typiquement maritimes, il ajoutait un courage physique, un moral extraordinaire, une amabilité sans bornes, une courtoisie et un désintéressement parfait. » Un de ses bateaux est, aujourd'hui, au musée de Carentec. Il s'agit du Requin construit, par son père, en 10 jours et qui, le 31 octobre 1943, l'emporta en Angleterre avec les ultimes partants. Il s'engage aussitôt dans les Forces Navales et viendra, jusqu'à la fin de la guerre, déposer ou embarquer, sur les côtes bretonnes qu'il connaît bien, des combattants de l'ombre ou des courriers. Par deux fois, le général Charles DE GAULLE se rendra au chantier de Carantec, saluer l'exploit de cet homme qui, sans perdre aucun membre de son réseau, ni aucun de ses bateaux, ni aucun de ses 196 passagers, avait repris tranquillement son travail, ne voulant aucune récompense pour lui comme pour sa famille. Il n'a donc été attributaire d'aucune distinction.