Marcel BILLIEN : cérémonie du Belvédère

Auteur René-Pierre CHEVER (CLPMEM du Guilvinec) le 19 septembre 1997 Le 10 mai 1940, HITLER lance sur la France, la Belgique et la Hollande les 3 500 avions de ses luftflotten. À bord de leur Morane, Bloch, Curstiss, Dewoitine, Loire-Nieuport et bien d'autres, les aviateurs français, malgré leur infériorité numérique, vont monter à l'attaque des trop puissantes formations allemandes et descendre plus de 900 avions à croix noires, pour 575 avions à cocardes. Fait peu connu tant les événements allaient se bousculer dans le maelström de ces années tragiques. De source britannique, pendant la bataille d'Angleterre la luftwaffe à perdu 1 408 avions en 82 jours et 1469 pendant les 45 jours de la bataille de France. 45 jours durant, sans radar et pratiquement sans radio, les aviateurs français et alliés feront face selon la devise de GUYNEMER « dans des conditions invraisemblables, changeant sans cesse de terrain devant l'avance ennemie ». Ils allaient monter plusieurs fois par jour à la rencontre de la Luftwaffe, malgré la défaite cuisante qui se profilait inéluctablement. Le Général D'HARCOURT dira de l'aviation française : « l n'a dépendu d'elle que les événements trouvent une autre issue ». C'est dans ce contexte général, terrible, que l'on trouve Marcel BILLIEN, enfant du Guilvinec, descendu avec son LN 40, bombardier en piqué de la première flottille d'assaut du porte avions BÉARN, au cours d'une mission sur le port de Gênes (Italie), une mission de nuit, tempétueuse, remplie du fer et du feu de la DCA italienne. La vie de cet homme s'arrête à cet instant. Qui était cet homme ? Marcel BILLIEN est né au Guilvinec en 1912, déjà orphelin de père perdu en mer un mois avant sa naissance. Jusqu'à 13 ans il est comme tous les gamins fourré sur le port, mais il passe néanmoins son certificat d'étude, ce qui, en 1925, n'est pas rien. Il devient marin pêcheur à 13 ans, de 1925 à 1929, comme mousse sur plusieurs bateaux, de 1929 à 1931 il passe son brevet et devient le mécanicien de L'AMOUREUSE, patron Jean LE REST de GUILVINEC. Assidu de l'Abri du Marin de Guilvinec, lieu de connaissance et d'apprentissage, il est remarqué par Jean RAVENEL directeur des Abris du Marin à la suite de Jacques DE THÉZAC, surtout pour ses facultés étonnantes en calcul et en géométrie. Il s'engage dans la Marine en 1931 et devient rapidement mécanicien aéro. Mais il veut voler. Il fait partie des 10 élus qui recevront en 1934 une bourse de pilotage et le 16 Août 1934 il est breveté pilote de l'aviation maritime. Il poursuit ses études au cours du soir de la Marine au niveau de mathématiques supérieures et le 01 Août 1939 il entre à l'école de chasse de l'armée de l'air d'Étampes, d'où il sort avec son brevet de pilote de chasse de l'aéronautique le 17 Décembre 1939. Après sa permission de Noël, il entre à l'école d'application de la chasse de l'armée de l'air à Montpellier-Fréjorques et il est muté à l'escadrille d'assaut 17 basée à Orly dont il était le patron pilote. Muté dans le nord à la base de Berck car les estimations de l'attaque allemande deviennent de plus en plus prévisibles, contrairement à une idée reçue. Il participe au combat de Hollande particulièrement meurtrier, le 19 Mai il participe à La Tragédie de Berlaimont où, train sorti, les LN 40 plongent sur une immense colonne de chars au mépris d'une flak d'une densité infernale. La route est devenue un cimetière de blindés mais le tribut est lourd, 10 LN sur 20 ne rentreront pas. Avec ORIGNY dès le lendemain, ces deux pages d'histoire sont deux pages de gloire de l'aéronautique française, en particulier contre des blindés. Il poursuit le combat à Cherbourg-Querqueville, puis à Hyères car MUSSOLINI vient de déclarer la guerre à la FRANCE. Les attaques du golfe de Gênes (Italie) se succèdent 7 nuits durant, la veille de l'arrêt des combats prévu par l'armistice le 19 Juin à 03H00, au cours d'un engagement d'une rare violence, il est descendu et disparaît à jamais et il est promu premier maître à titre posthume. Mais son exemple doit rester gravé et nos mémoires se souvenir pour les générations futures. Nul doute que ce sacrifice suprême aura des répercussions sur les bigoudens qui décideront de résister en métropole, ou de partir rejoindre ceux de la France Libre à Londres. Cette vie trop courte, nous l'honorons aujourd'hui pour plusieurs raisons : • La première c'est que ce pilote de chasse est le premier du pays Bigouden, de plus issu du milieu maritime, un des cinq pilotes de chasse « Héros de l'aéronautique navale française » depuis 1910 et qu'il fait honneur à son pays et aux marins pêcheurs, • La seconde c'est que pour reprendre l'expression de PER JAKEZ HÉLIAS à son sujet, outre ses exploits militaires au combat, il a réussi l'exploit d'une réussite sociale à peine imaginable à cette époque, • La troisième est un devoir de mémoire envers les générations, pour lesquelles il doit servir d'exemple perpétuant les idéaux de dépassement de soi, au service de l'humanité et d'un monde qui doit devenir plus fraternel.