Extraits de l'agenda de l'année 1944

Auteur Roland SEVENOU le 1944

Mars 1944

Faisons route dessus. 21h45 Ouvrons le feu. Coups au but sur un destroyer allemand qui explose. 22h05 Coup au but sur 2ème destroyer. Marchons à 39 nœuds. Nous tirons de toutes nos pièces. 22h15 Un destroyer flambe. 22h16 Faisons route à 33 nœuds sur le convoi. Lançons torpille. Bateau marchand de 8 000 tonnes à peu près coulé. Nous tirons avec les 40 sur un petit bateau. Résultat définitif : 2 bateaux marchands, 2 destroyers allemands, 1 vedette lance torpille coulés. Lorsque nous sommes arrivés sur le convoi, après avoir ouvert le feu, les deux destroyers ennemis ont voulu s'enfuir. Nous les avons pris en chasse et c'est sur un champ de mines que le combat a commencé. Les allemands ont ouvert le feu mais rien ne nous a touché. Après avoir exterminé le convoi, nous faisons route vers notre base à une vitesse moyenne de 30 nœuds. Le combat a eu lieu dans le 44°22N et 014°20E.

Samedi 18 Mars (St Alexandre)

37°25 de lat 020°52 de long Le matin préparatifs pour partir. Appareillage retardé : nous avons fait un trou dans la coque à l'avant. L'avarie est vite réparée. Appareillage. Nous faisons un raid devant la ville grecque d'Arcadia. Nous tombons sur un convoi de 5 bateaux nous en coulons 4 et le 5ème probablement. Nous passons à 20 mètres d'un bateau à essence qui nous explose au nez. Pendant une petite minute on se tire dessus à bout portant. Nous sommes touchés à trois endroits : aux poulaines équipage, dans un radeau sous la passerelle et à la pièce II plusieurs trous causés par des éclats (porte des fourriers, croisillons cheminée etc...) Nous avons 1 blessé grave. Une fois le combat terminé nous partons à 36–37 nœuds direction Malte. Arrivons à Malte vers 15H00. En mettant notre vedette à l'eau, elle reste suspendue par l'avant, tandis que l'arrière tombe à l'eau. Nous accostons LE FANTASQUE qui lui a deux blessés graves. Il est moins touché que nous ; L'après midi : repos. Permissionnaires par bâbord. Rentrée à 23 heures. Gardons une veille(153) Quart de 02 à 04 RAS

Vendredi 16 Juin 1944

Arrivons vers 11h à Manfredonia. Vers 14 ou 15h appareillage. Nous allons faire un raid dans le golfe de Quaméro à côté de Fiume. Poste de combat réel à minuit 45. Cinq bateaux en vue. Nous faisons 3 ou 4 passes et coulons 2 vedettes et 2 cargos. Le 5ème s'est tiré ! Retour du combat à 34 nœuds. J'ai pris des photos. Nous étions avec LE FANTASQUE. Les vedettes et les cargos nous ont tiré dessus avec des mitrailleuses et des canons d'assez beau calibre. Le combat a duré environ 30 minutes et s'est déroulé à la position suivante : 44°50N et 014°08E. Nous n'avons aucun blessé et aucune éraflure. Le combat s'appelle le combat de l'Arsa, car il s'est passé à côté du canal de l'Arsa dans le golfe de Quaméro. Le 1er coup de canon fut tiré à 23h GMT.

Samedi 17 Jjuin 1944

Arrivons à Tarente vers 20H00 ; faisons le mazout et restons à quai.

Dimanche 13 Août 1944

Branle-bas à 5h00. Appareillage à 6h00. Nous allons en rade. Appareillage avec LE MALIN et LE FANTASQUE à 11h30. Nous rencontrons le GEORGES LEYGUES, le Mont….. 3 cuirassés américains : TEXAS, NEVADA, PHILADELPHIE. Vitesse minimum 10 nœuds. Nous sommes tous escortés avec 6 destroyers. Route à l'Ouest. Mer bonne. C'est le grand coup qui se prépare.

Lundi 14 Août 1944

Le matin nous rencontrons une autre force alliée. Nous dépassons un grand convoi. Le temps est calme. Nous marchons doucement. Dans l'autre escadre se trouvent l'ÉMILE BERTIN et le DUGUAY-TROUIN. L'après midi, nous passons au large de la Sardaigne. Le soir nous passons devant la Corse. Vers 20H00 nous mettons au poste de combat puis au poste d'alerte.

Jeudi 17 Août 1944

Nous faisons route sur la Corse. Nous escortons le TEXAS jusqu'à l'intérieur du Cap de Bonifacio, puis nous le laissons partir seul. Nous faisons demi-tour et nous allons mouiller dans le port de Propriano. Nous sommes une dizaine de bateaux français et américains. Nous restons sous les feux. Le port de Propriano est très petit, il se trouve un peu au nord de Sartène.

Vendredi 18 Août 1944

Cette nuit, nous appareillons à 1h30 avec le FATQ pour chasser les sous-marins ennemis signalés devant la baie.

Lundi 25 Décembre 1944

Le matin, préparatifs d'appareillage. Appareillage à 13 heures. Exercices de tir et évolution. En nous ralliant, LE MALIN nous rentre dedans. 8 morts à bord du LE TERRIBLE. Nous n'avons pas coulé grâce aux cloisonnements étanches. Une chaudière a explosé. Parmi les 8 se trouvent 5 permissionnaires du LE FANTASQUE et 3 de chez nous : DESIVART, DEVRAIN, ROUSSELET. Nous rentrons à Naples à très petite vitesse : 5 nœuds. Tout le pont du milieu est arraché, plus de cheminée, la pièce 3 est déplacée, le poste arrière n'existe plus, la coque est crevée.

25 Décembre 1944 jour triste mais jour de fête

Le matin branle-bas à 08H00. Nous trouvons toutes les chaussures blanchies à la chaux ainsi que tables et glaces. Vers 09 heures, messe à bord par un aumônier français, dans le poste 3 ; j'y vais ainsi que plusieurs camarades. À 10 heures nous allumons car nous devons appareiller pour Toulon. À midi, les permissionnaires rentrent de terre et nous mangeons. Quelques-uns sont encore gais et légèrement émus par la boisson. À 13 heures appareillage avec LE MALIN. Nous faisons exercice de DCA et d'évolution à 25 noeuds. À 05h35 exactement LE MALIN nous aborde à la hauteur des 40 bâbord. Les munitions explosent enlevant les 40 et un cône de torpille. LE MALIN pénètre plus profondément déchirant la coque bâbord, une chaudière arrière explose arrachant le pont milieu et la cheminée. Par l'explosion, l'avant du LE MALIN se casse et s'engloutit dans l'eau emportant avec lui une centaine de marins et communiquant le feu dans l'intérieur du bateau. Quand le choc a eu lieu j'étais dans le poste 4 en train de manger. LE TERRIBLE a pris une gîte formidable le renversant presque. Nous sommes montés rapidement sur le pont malgré la grande difficulté que nous avions eu à sortir du poste 4 à cause de la porte qui s'était fermée. En arrivant sur le pont nous avons préparé les radeaux car le bateau gardait une forte gîte et donnait l'impression qu'il allait sombrer. Le temps est assez houleux et le vent fort de l'ouest. Nous sommes tous sur bâbord pour aider un peu à rétablir la gîte. Tout à bord est dans un grand désordre du à la déflagration. Le vent souffle de tribord et quelques embruns embarquent par le pont milieu. L'équipe de sécurité et l'infirmier recherchent les blessés qui après déblaiement sont au nombre de 5 et 9 morts dont 5 subsistants du LE FANTASQUE qui devaient aller en permission en arrivant à Toulon. Nous arrivons à rétablir l'équilibre et nous pouvons retourner dans les postes. LE MALIN a réussi à éteindre l'incendie de son avant ? Nous regagnons Naples à une petite vitesse de 4 nœuds ce qui est un maximum car il n'y a presque plus d'eau pour la chaudière. LE MALIN est resté derrière nous et rejoins également le même port. Le résultat du choc sera sans doute effrayant.

Mardi 26 Décembre 1944

Arrivons à Naples vers 08 heures. Aussitôt nous faisons l'appel : il en manque 8. Les corps sont mis en bière et expédiés au cimetière. LE MALIN doit arriver cette nuit. Nous déblayons le pont milieu. Les américains nous aident ainsi que des soldats français du Maroc. 2 blessés de chez nous vont à l'hôpital (TINET et BRULE). Le soir j'écris à la maison à Louis et Guieu.

Mercredi 27 Décembre 1944

Je suis de garde pour la surveillance des corps, je pars à 08 heures. À 15 heures, cérémonie au cimetière. LE MALIN n'a aucun rescapé : il totalise 62 morts. Ce qui fait 70 en tout et 6 blessés. Je reviens du cimetière vers 17 heures. Nous avons changé de quart et nous devons aller demain au bassin.

Jeudi 28 Décembre 1944

Ce matin débarquement du reste des munitions. Vers midi le GEORGES LEYGUES et la JEANNE D'ARC arrivent. L'amiral RONARC'H vient à bord et nous fait un petit discours disant que : « Nous serions rapidement réparés et que nous effacerons cette page de deuil sur le livre de gloire de la division. » Vers 17 heures nous entrons en cale sèche. Le soir RAS