LE GLORIEUX et les risques du métier, le décès de Maurice DUMAS

le 16 avril 2007 Les circonstances ayant provoqué le décès du quartier-maître Maurice DUMAS sont inhérentes aux dangers permanents et omniprésents de la vie à bord d'un sous-marin. Tous ces dangers sont contenus, et c'est une évidence, dans un espace restreint où l'espace vital réservé aux sous-mariniers en est réduit à sa plus simple expression. Les équipements de ce fait occupent les volumes les plus importants, et s'ils sont nécessaires et indispensables à la bonne marche du navire, ils ne laissent que peu d'espace de vie à ses occupants. La propulsion de ce type de navire, appelé par définition à naviguer sous l'eau, nécessite un couplage de moteurs diesels et de moteurs électriques, les uns étant reliés aux autres par l’intermédiaire d'alternateurs se relayant en fonction de la navigation de surface ou de plongée. Le moteur diesel est gros consommateur d'oxygène, ce qui implique que son utilisation ne peut être effectuée qu'en surface, ou à défaut en immersion périscopique. Un manchon appelé Schnorchel, émergeant en surface alimente et renouvelle en air frais le bâtiment. Pendant l'immersion profonde, pour cette raison, il ne peut plus être utilisé. Seul le moteur électrique est sollicité, et dans les limites de capacité des ses batteries qui sont plus ou moins opérantes en fonction des exigences de vitesse imposée, aussi du temps d'énergie disponible, de la puissance requise et donc du niveau de charge. Les batteries au plomb, de grosse capacité, alimentent le moteur électrique. L'électrolyte utilisé, solution d'acide sulfurique concentré, fait la liaison inter-électrodes de chaque élément individuel, connecté en série, pour former une batterie. Cette technologie en vigueur à l'époque, est le meilleur compromis dans les rapports de masse, d'autonomie et de puissance. Elle a aussi des inconvénients majeurs : • L'hydrogène et l'oxygène sont produits par électrolyse lors de la charge des batteries. L'émission de ces gaz peuvent former avec l'air ambiant un mélange détonnant, en cas de surcharge d'un ou de plusieurs éléments de batterie, ou quand l'un de ceux-ci est, à l'inverse, en sous-charge, ce qui dans ce cas peut entraîner une inversion de polarité tout aussi dangereuse d'un ou de plusieurs éléments défaillants. • L'acide sulfurique (électrolyte) contenu dans chaque élément est hautement corrosif, par contact direct ou par émanation de gaz : la peau, les yeux, les voies respiratoires ou digestives peuvent être atteintes, la nocivité étant pratiquement immédiate. Les brûlures occasionnées sont souvent importantes et définitives, souvent irréversibles. La maintenance de ce matériel, et les vérifications nécessaires, est de la plus haute importance ; c'est entre autres, un des éléments de survie du navire. Les inspections sont rendues périlleuses, et nécessitent non seulement de veiller aux mesures de sécurité nécessaires, mais d'effectuer aussi les bons diagnostics lors des interventions. Celles-ci ont pour but de vérifier les niveaux d'électrolyte, le niveau de tension, la température, le tarage des connections électriques, les fuites possibles de liquide, la détection de vapeurs nocives etc…(certains sous mariniers évoquent l'utilité et la présence indispensable du chien mascotte à bord, plus apte à révéler la présence de ces vapeurs suspectes). Tout consiste donc à repérer tout élément défectueux, et au besoin à l'isoler, avant que toute surchauffe intempestive n'entraîne des dégradations importantes difficilement maîtrisables. Si l'on rajoute la difficulté d'accès à ces composants, où l'espace réduit limite les mouvements et où la plupart du temps le visage de l'intervenant est très proche des orifices de niveau, ou des bornages de jonctions électriques, il est facile d'imaginer la difficulté des interventions. Sur certains bâtiments, celles-ci étaient réalisées sur chariot mobile où l'opérateur était allongé faute de hauteur. Il est certain que ce type d'incident, ou d'accident, a pu être évité mais il est plus que probable qu'il a du survenir à maintes reprises. La littérature n'en fait pas beaucoup état, seuls les journaux de bord pourraient révéler l'ampleur des incidents et leurs niveaux de gravité. Le quartier maître Maurice DUMAS est l'exemple même de l'existence de pareils événements, qui peuvent mettre en péril non seulement les intervenants dans leur mission de contrôle, mais aussi le navire et son équipage.