« CATAPULT » - La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940)

Le 03 juillet 1940



Liste des unité(s) ayant participé à l'opération...

BRETAGNE - COMMANDANT TESTE - DUNKERQUE - FORCE DE RAID - KERSAINT - LE TERRIBLE - LYNX - MOGADOR - PROVENCE - R11 - RIGAULT DE GENOUILLY - STRASBOURG - TERRE-NEUVE - TIGRE - VOLTA

Ensemble des 59 marins ayant participé à l'événement...

Ernest ALLAIS - Ernest ALLAIS - René ARZEL - Jean AUTRIC - Mathieu BATTESTI - Albert BOREY - Raymond BOUCHER - Joseph BOUDEHEN - César BOUILLON - Jean BOUTRON - Henri CADERO - François CALVEZ - Lucien CASTEL - Lucien CHEUL - Albert COIGNET - Louis COLLINET - Marcel COSSEC - DANGUY DES DESERTS - Adrien DAURIACH - Didier de BOURAYNE - DELAPORTE - Pierre DONNART - Joseph DU GARDIN - Eugène DUCHÊNE - Alfred GLORIEUX - Xavier GRALL - HAMON - André JAFFRE - Charles JEGOU - Roger ou René JOSSET - Henri LE BUREL - Mathurin LE GROSSEC - Germain LE MAT - Louis LE PELLEC - Louis LE PIVAIN - LE QUAY - LECREUX - Adolphe LEPOTIER - Jean-Baptiste LOUSTAU - LUCAT - Paul MAERTEN - Joseph OUTIN - Guillaume PAILLIER - François PELÉ - François (dit Francis) PODER - POIGNANT - Maxime POUILLE - Maurice PUTZ - Cyriaque QUEMENEUR - Joseph RAMEL - Jean ROUDAUT - Georges SCHMIDLIN - Henri SEGUIN - SICART - Guillaume STAEHLE - Pierre TANGUY - THÉPAULT - THILL - Paul ZWILLING

Photographie(s), numérisation(s), etc.

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STRASBOURG (La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940)) (M. Eric ALENGRIN) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) (M. Eric ALENGRIN) - 03/07/1940
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BRETAGNE lors de La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) (M. Daniel BUFF (Émile BUFF)) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : le cimetière (M. Daniel BUFF (Émile BUFF)) - 07/1940
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BRETAGNE lors de La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) (M. Daniel BUFF (Émile BUFF)) - 03/07/1940
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« Une exposition consacrée aux FORCES NAVALES FRANÇAISES LIBRES (ou) FNFL à la mairie de Brioude » article dans le journal mon43.fr (Sont cités : Capitaine de Frégate Marc Hosmalin -Assistant départemental pour la Marine dans le Puy-de-Dôme-, Charles DE GAULLE, Émile MUSELIER, FORCES NAVALES FRANÇAISES LIBRES (ou) FNFL, Bataille de l'Atlantique, Débarquement de Normandie, Jean-Jacques Faucher -Maire de Brioude-, La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), Ralliement de Saint-Pierre & Miquelon à la France Libre, Louis BLAISON) (mon43.fr) - 03/12/2013
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« Une exposition consacrée aux FORCES NAVALES FRANÇAISES LIBRES (ou) FNFL à la mairie de Brioude » article dans le journal mon43.fr (Sont cités : Capitaine de Frégate Marc Hosmalin -Assistant départemental pour la Marine dans le Puy-de-Dôme-, Charles DE GAULLE, Émile MUSELIER, FORCES NAVALES FRANÇAISES LIBRES (ou) FNFL, Bataille de l'Atlantique, Débarquement de Normandie, Jean-Jacques Faucher -Maire de Brioude-, La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), Ralliement de Saint-Pierre & Miquelon à la France Libre, Louis BLAISON) (mon43.fr) - 03/12/2013
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André GENDRON sur STRASBOURG : article de presse suite à La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) (Mme Annette METZGER)
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Gaston GAUTERON, journal de bord du Page, chant hommage aux marins de La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) (M. Bernard GAUTERON) - 06/07/1940
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Compte-rendu d'un entretien avec le contre-amiral Louis LE PIVAIN au sujet de BRETAGNE à La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940). L'action de Pierre KEROMNES est évoquée (Henri PERRET) - 02/01/1988
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Louis LE STRAT : message le signalant indemne à l'issue de la bataille de La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) (Louis LE STRAT) - 26/07/1940
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Louis LE STRAT : message le signalant indemne à l'issue de la bataille de La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) (Louis LE STRAT) - 26/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : le BRETAGNE la quille en l'air (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : le BRETAGNE commence à chavirer (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : le BRETAGNE au mouillage (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : l'arrière du BRETAGNE en feu après dernieres gerbes (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : L'arrière du BRETAGNE en feu lors des dernières salves (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : départ des émissaires britaniques du DUNKERQUE (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : départ des émissaires britaniques du DUNKERQUE (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : l'arrière du MOGADOR après l'explosion (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : armements de joutes (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : les morts du MOGADOR (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : le combat (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : les derniers tirs du BRETAGNE (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : le STRASBOURG s'échappe (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : le STRASBOURG s'échappe (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : les torpilleurs au mouillage (M. MOTARD)
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : le soir (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : au matin (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : le PROVENCE : échoué vu de la villa Jeanne d'Arc (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : l'escadre française sous les obus anglais (M. MOTARD) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : annotations au dos de la photographie (Daniel DENIZOT) - 03/07/1940
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La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : vu du pont d'un navire ancré dans le port d'Oran (Daniel DENIZOT) - 03/07/1940
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Raymond BOUCHER : Citation (COMMANDANT TESTE lors de La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940)) (Kiki BOUCHER ) - 30/07/1940
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César BOUILLON : « En cas de coup dur pour moi celui qui trouvera sur moi mon portefeuille, le remettra ou l'envoyera à (...) Les Anglais cannonent, nous partons au poste de combat, il est 6H du soir (une pensée) et à Dieu va » (La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940)) (Chantal FORTIER-BOUILLON) - 03/07/1940
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 1 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 2 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 3 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 4 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 5 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 6 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 7 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 8 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 9 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 10 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 11 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 12 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 13 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 14 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 15 (Kiki BOUCHER)
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Raymond BOUCHER : Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), page 16 (Kiki BOUCHER)


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« Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant la bataille de Mers el-Kébir » par Raymond BOUCHER
« Carnet de bord rédigé à bord de COMMANDANT TESTE et IPANEMA relatant la bataille de Mers el-Kébir »
« L'opération MENACE » par Jean-René BRESSOLLES
« L'opération MENACE »
« Voici comment j'ai vécu le sabordage de la Flotte à Toulon » par Julien PRIN
« Voici comment j'ai vécu le sabordage de la Flotte à Toulon »
     
@18144

« La guerre du mousse Yves BEYOU débute le 19 juin 40 à Plymouth »

Auteur Ouest France le 18 décembre 2013

Rencontre

À 14 ans et demi, le 13 octobre 1938, Yves BEYOU, jeune Lesnevien entrait à l'ÉTABLISSEMENT DES PUPILLES DE LA MARINE. Un diplôme de comptabilité et sténo dactylo en poche, il y poursuit des études classiques et reçoit les rudiments de la formation militaire et marine. Au début des vacances, en juillet 1939, la guerre et la mobilisation générale menacent. Les autorités militaires recommandent aux pupilles de rester chez eux à la rentrée d'octobre 1939.

Le jeune Yves BEYOU, se met en quête d'emploi. Ce sera à la laiterie de Ploudaniel. Mais la tâche qui lui est confiée ne lui plaît guère. Lors d'une livraison de lait à Brest, il rencontre le maître commis de l'ÉTABLISSEMENT DES PUPILLES DE LA MARINE à qui il demande s'ils seront réintégrés. Oui, lui est-il répondu. Sans plus attendre, Yves BEYOU donne sa démission à la laiterie et retourne à l'ÉTABLISSEMENT DES PUPILLES DE LA MARINE. Quinze jours plus tard, il est admis à ÉCOLE DES MOUSSES. Nous sommes en octobre 1939.

1er contrat à 16 ans

Depuis le 2 septembre, la guerre est déclarée. Les nouvelles ne sont pas bonnes. On annonce la progression rapide des Allemands vers la Bretagne. « Des avions allemands survolent parfois Brest » se souvient Yves. Le 5 mars 1940, le jour de ses 16 ans, le mousse signe son premier contrat d'engagement pour cinq ans.

Le 18 juin, après des soins dentaires à l'hôpital maritime, il prend quelques affaires et embarque sur le vieux cuirassé PARIS en compagnie de 1 600 mousses et cadres de l'ÉCOLE DES MOUSSES et des 1 200 hommes d'équipage du bateau. Le bateau appareille à 17 h 30. Le lendemain, le PARIS arrive à Plymouth sous les acclamations de la population massés sur le Hoe, le promontoire qui surplombe la baie. Quelques jours après, les marins mettent le cap sur Liverpool et se retrouvent sur le champ de courses d'AINTREE PARK, avec 12 000 marins rescapés de Dunkerque. Leur capitaine de compagnie, dit Tonton Louis, leur apprend qu'ils seront formés à la reconnaissance aérienne. Le groupe repart vers Plymouth pour mettre le cap sur Casablanca où il arrive le 7 juillet. En route, le 2 juillet, l'équipage apprend la tragédie de La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940).

Deux débarquements

On retrouve ensuite Yves BEYOU sur le MONTCALM, le 15 juillet 1941, après une période de formation qui l'a conduit à Toulon. En janvier 1943, il part vers les Etats-Unis pour la modernisation du bateau. De retour sur les côtes d'Afrique, le bateau exerce une mission de surveillance avant de participer au Débarquement de Normandie. Le MONTCALM, avec ses nouveaux canons, détruit la batterie allemande de Longues-sur-mer. Le bateau part dans la foulée en Méditerranée, pour le débarquement en Provence.

Le 10 novembre 1944, Yves BEYOU est de retour à Lesneven. Après quatre ans et demi d'absence.
@18147

La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940)

Auteur Jean BRESSOLES le 08 novembre 2007

• Le 28 Juin 1940, le commandement britannique envisage une expédition militaire en Afrique du nord (opération Susan) qui va être abandonnée faute des moyens considérables à mettre en oeuvre, sans certitude de succès, et de plus, sans le consentement de Darlan et Pétain.

• En remplacement c'est l'option de l'opération La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) qui sera choisie dans les conditions que l'on connaît, avec pour assaut principal, et unique, Mers-el-kébir, où sont concentrés les bâtiments de la 2ème ème escadre pour lesquels les cuirassés STRASBOURG et DUNKERQUE, les deux fleurons modernes de la marine française, font l'obsession des britanniques.

• C'est aussi à partir du 28 juin que l'Amiral Marcel GENSOUL ne tirera aucune conséquence de la visite de l'Amiral North et d'officiers britanniques qui ne se priveront pas de prendre des notes sur la hauteur de la jetée, sur la position des bâtiments français dans le port, etc. même les reconnaissances aériennes britanniques qui se multiplient au dessus de la baie d'Oran n'attireront pas son attention.

• La première escadre basée à Oran, (Amiral Jarry) à quelques 6 kilomètres à l'ouest du port de Mers-el-Kébir est composée de 5 torpilleurs (Bordelais, La Poursuivante, Trombe, Tramontane et Tornade, ces deux derniers sous toutes réserves) deux avisos, Le Rigault de Genouilly et La Curieuse, plus quatre sous-marins (Diane, Eurydice, Danaé, Ariane) Cette escadre, de moindre importance aux yeux des britanniques et sans intérêt stratégique, ne sera pas menacée directement. Néanmoins, les sous marins qui vont sortir du port pour se porter sans succès au devant de la flotte anglaise, seront rapidement pris à partie par l'aviation qui les obligera à plonger. Les torpilleurs feront eux même une sortie, moins pour tenter une attaque infructueuse à la torpille que pour se porter surtout en protection du Strasbourg dans son échappée de Mer-el-Kébir. Ces bâtiments (à l'exception du Rigault de Genouilly qui, avarié par deux bombes, tentera de rejoindre Alger où il sera coulé au large par le HMS Pandora) rallieront Toulon sans encombre. Il est signalé que La Poursuivante, Bordelais et Trombe sont effectivement sortis du port d'Oran pour porter assistance au Strasbourg.

• Autre présence connue dans le port d'Oran au trois juillet, ce sont le paquebot Mariette Pacha, le navire hôpital Sphinx, les cargos Ipanéma (transformé en ravitailleur de sous-marins) le Commandant Dorise, le torpilleur Le Corsaire, désarmé. (Celui-ci a rejoint Oran, inachevé aux chantiers de la Seyne, sans artillerie. Il sera plus tard rebaptisé Le Siroco) le croiseur auxiliaire Colombie, le pétrolier de la SFTP Dauphiné. Devant ce dernier, amarré à l'avant port, un avion anglais va larguer à 17h56 deux mines pour bloquer l'entrée de la passe. A bord du pétrolier, chargé de 13000 tonnes d'essence, l'équipage cède en partie à la panique. Une des deux mines magnétiques explosera le 9 juillet au moment où une embarcation tentera de la remorquer. Sous la violence de la déflagration, le cargo Chelma, mouillé à 250 mètres de là, verra ses ponts se déformer.

• Certaines autres sources font état d'une liste de bâtiments présents dans le port d'Oran même, à la date du 1erer juillet, sans certitude de leur présence le 3 juillet. Nous les citerons à titre purement informel, sans préjuger de la valeur historique de ces informations. Les autres navires, hormis ceux qui viennent d'être cités sont donc :
a) les torpilleurs Typhon, Brestois, Boulonnais,
b) l'aviso La Grandière,
c) les patrouilleurs L'Ajaccienne, La Toulonnaise, La Sétoise, La Bônoise,
d) les sous marins La Psyché, Oréade, Méduse, Amphitrite,
e) les dragueurs Angèle et Raymond.
@18146

BRETAGNE à La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : le calvaire annoncé

Auteur Jean BRESSOLES le 08 novembre 2007

Lorsque l'escadre anglaise ouvre le feu sur Mers-el-Kébir, c'est la BRETAGNE qui va subir les plus gros dommages. Touchée dès les premières minutes du bombardement, alors qu'elle tente de mettre en avant, elle va recevoir un premier obus de 380 mm sur tribord arrière, faisant exploser les soutes des tourelles quatre et cinq. Un second s'abat sur la tourelle trois, et un troisième obus qui va s'abattre à hauteur du mât tripode va lui donner le coup de grâce. Une immense colonne de feu s'élève haut dans le ciel, et l'énorme explosion qui va suivre va faire chavirer les 22 000 tonnes d'acier et emporter la majorité de son équipage. Basculée dans les eaux profondes près de la jetée qu'elle tentait à peine de quitter, elle va reposer, par trente mètres de fond, quille en l'air, sur son mât. La partie avant à peine émergée, alors que la partie arrière dévastée repose sur le fond, elle est désormais à peine visible de la surface. L'équipage survivant pris au piège, va périr dans des conditions atroces, sans qu'aucune assistance ne puisse, à temps, lui porter secours.

L'épave va rester en l'état pendant des années dans le port de Mers-el-Kébir, faute de moyens, en témoignage tragique d'un épisode malheureux et douloureux à la fois.

Pourtant dès 1941, Elie MONIER, ingénieur du génie maritime va tenter une reconnaissance et descendre en scaphandre sur le site. Il y laissera la vie, sans que l'on puisse établir avec certitude les causes de sa disparition. Un aviso du groupe de recherche sous-marine de Toulon portera son nom ainsi qu'un quai du port de Mers-el-Kébir.

Constituant un réel danger pour la navigation dans le port de guerre, la décision de destruction par explosifs (moyen le moins coûteux) ou de renflouage de l'épave va tarder longtemps a être prise, compte tenu de la difficulté de la tâche.

Mais si cette décision se fait attendre c'est surtout par égard aux victimes, dont la Marine ne veut à aucun prix disperser les corps de plus de 600 marins toujours enfermés dans leurs cercueil d'acier. Lorsque celle-ci sera prise, la désincarcération des victimes et les opérations de récupération vont poser de sérieux problèmes techniques. Néanmoins, un cahier des charges draconien avait été préalablement établi par les bureaux de la Marine qui mettaient dans l'obligation l'adjudicataire du marché d'état à se conformer à des règles strictes. Comme par exemple à n'employer ni chalumeau, ni explosifs. La raison majeure étant d'éviter tout accident aussi : l'évaluation des munitions entreposées à bord étant de 700 tonnes !

C'est la société Serra, de Toulon, qui prendra le risque, en échange de bénéficier à son compte de la récupération de l'acier. Tel un coffre fort elle va procéder sur la partie visible en surface à un découpage avec des moyens archaïques, et pour cause, à l'ouverture du passage d'un scaphandrier, et progresser au fur et à mesure dans les entrailles du navire, à la scie à métaux, au burin, à la cisaille, à la lime dans des conditions indescriptibles. Première des missions, rechercher, découvrir les corps, remonter les restes humains, les documents et effets personnels. En surface un commissaire de la Marine, et son équipe, est chargé d'inventorier, de répertorier, de numéroter, de classer tous les composants de cette tâche macabre et de les insérer dans des caisses métalliques posées sur un chaland, avec parfois, au bout des élingues des munitions. Les scaphandriers, des jours durant, à raison de quatre rotations par jour de deux heures de travail effectif, et plus cinq heures d'immersion préparatoires, vont visiter inlassablement 400 compartiments.
@14630

La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) : n' oublions pas

Auteur René RUNAVOT le 23 juin 2007

Les 3 et 6 juillet 1940 une escadre anglaise attaque les forces navales françaises se trouvant mouillée dans le port de Mers el-Kébir.

Tragique combat inégal qui laissera de nombreuses traces surtout par la mort de 1 397 officiers, officiers-mariniers, quartiers-maîtres, matelots et marins.

Une cérémonie officielle eut lieu au cimetière de Mers el-Kébir quelques jours après cette cérémonie pleine de tristesse pour tous nos camarades tués au combat pour l'honneur de la Marine française et celle de la France.

Etant un rescapé de ce triste combat, je n'ai jamais pu oublier ce malheur et tout ce j'ai vu de plus pénible à voir.

À l'époque je venais tout juste d'avoir 18 ans et nombreux sont mes camarades de mon âge qui sont tombés tristement sous le feu de nos soi-disant Alliés.

En tant que rescapé du drame de Mers el-Kébir et suite aux événements qui se sont passés en 2005 : « PROFANATION, SACCAGES & PILLAGE » du cimetière marin de Mers el-Kébir, je reste outré, scandalisé et peiné par ces événements.

Malgré nos démarches et nos nombreuses lettres notre souhait reste sans espoir de retour des restes de mes camarades de tous grades tombés pour l'honneur de la Marine française.

Je vous demande donc chers amis si vous avez lu les quelques lignes ci-dessus de venir nous appuyer en signant notre pétition sur Internet.

D'avance je vous remercie.

Aujourd'hui, 67 ans après cette affaire, je n'ai pu l'oublier et ce serait pour nous tous une grande joie la voir classée définitivement par le retour des restes de mes camarades en terre française et particulièrement en Bretagne, berceau de la plupart des morts de MEK.
@5152

« Mes mémoires de marin : La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) » (extrait)

Auteur Daniel DENIZOT - Avec l'aimable autorisation de M. Pascal DENIZOT le 19 février 2007

Une mission d'importance nous attendait en ce mois de Mars 1940.

Il s'agissait d'accompagner aux cotés du croiseur ÉMILE BERTIN et d'autres unités, l'important convoi de troupes et de matériels, les troupes de montagne, les alpins du général BETHOUARD qui se rendaient en Norvège et plus particulièrement à Narvik, une cité portuaire qui fera l'objet de dures combats.

Dans les eaux du détroit du Skagerack, ordre nous était donné de regagner Brest.

Des chuchotements des radios et des timoniers sur la passerelle laissaient pressentir un départ pour la Méditerranée, voir Malte et l'Egypte.

Pas d'erreur, l'amirauté avait jugé bon de déplacer son escadre Atlantique, l'avance des forces allemandes à l'intérieur de la France se faisant plus précise en direction des bases navales de Cherbourg, Brest et Lorient.

L'appareillage avait lieu par très gros temps dans le golfe de Gascogne.

Brève escale à Gibraltar et cap sur Alexandrie où l'on retrouvait la Royal Navy pour des manœuvres concertées.

Que se passe t'il alors, le haut commandement donne des instructions pour faire rallier tous les bâtiments en Afrique du Nord, plus précisément à La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), port militaire d'Oran ?

Dés lors tous les bateaux sont mis en état de désarmement et de gardiennage.

L'amirauté allemande envisageait de faire main basse sur tout ce potentiel naval, ce qui ne sera pas du goût des anglais.

L'« appel du 18 juin » du général Charles DE GAULLE que peut d'entre nous connaissent restera vain, et toute l'escadre restera au mouillage.

C'est alors que le 3 juillet dans ce port protégé d'une immense digue, amarrés sur coffre, étraves dirigées vers la terre face à Santa Cruz, les croiseurs modernes DUNKERQUE et STRASBOURG, portant la marque du vice-amiral Marcel GENSOUL, deux cuirassés le BRETAGNE et le PROVENCE, le porte-hydravions COMMANDANT TESTE, les destroyers rapides MOGADOR et VOLTA mais encore les contres torpilleurs LE TERRIBLE, KERSAINT, TIGRE et LYNX (mon bateau) et une dizaine d'autres bâtiments plus légers et les sous-marins ARIANE, DIANE et EURYDICE, des escorteurs et navires auxiliaires.

Vers 08H00, l'escadre anglaise du vice amiral SOMMERVILLE est signalée croisant au large du cap FALCON, et chacun de penser que celle-ci se dirige vers Malte.

En fait elle se positionne à plusieurs milles de La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) à portée de canons.

On distingue le cuirassé HMS HOOD fortement armé de huit pièces d'artillerie de 406 mm, ainsi que deux autres cuirassés, le HMS RESOLUTION et l'HMS ENTERPRISE.

Il y a encore le HMS VAILLANT et l'HMS ARETHUSA, bon nombre de contre torpilleurs ainsi que le porte avion HMS ARK ROYAL doté d'une cinquantaine d'appareils.

On apprendra par la suite que dans la nuit du 2 au 3 Juillet, les anglais que l'on croyait nos amis (laissez moi rire) s'étaient emparés par la force dans les ports de Portsmouth, Plymouth, Falmouth, Heerness et encore à Port-Saïd des unités françaises hostiles à l'« appel du 18 juin ».

Vers 10H00, une vedette anglaise, pavillon au vent se dirige en direction de la passe et accoste à la coupée du DUNKERQUE ou l'officier émissaire remet l'ultimatum au vice-amiral Marcel GENSOUL.

Le contenu de cet ultimatum comporte trois volets, à savoir :
• Que la flotte française stationnée à La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) rejoigne la Royal Navy dans sa lutte contre l'Allemagne,
• Ou bien qu'elle rejoigne les Antilles ou un port américain ou elle sera désarmée,
• Qu'elle procède le cas échéant à son sabordage.

En cas de refus d'une au l'autre de ces directives, les navires Anglais ouvriront le feu ce même jour à 16H30.

Devant la réponse ferme du refus de notre amiral qui avait entre temps consulté le haut commandement et le gouvernement réfugié à Bordeaux, un second contact du même émissaire avait lieu à 14H30.

Il s'agissait du commodore HOLLAND.

Tout comme le premier, un non catégorique était adressé à l'envoyeur.

Entre temps, l'amirauté avait donné des instructions pour faire réarmer à la hâte et en toute discrétion toutes les unités et les chaufferies au ralenti reprenaient une activité pour faire face dans le cas d'un appareillage d'urgence.

Hélas vers 16H55, les Anglais procédaient à des premiers tirs, les obus de la première salve tombant en dehors de la digue causant des gerbes d'eau d'une grande hauteur, mais très vite ils corrigeaient leurs tirs et cette fois.

Plusieurs bateaux étaient touchés, le plus gravement le cuirassé BRETAGNE qui allait connaître une fin particulièrement tragique.

Pour la Royal Navy, il était facile d'atteindre leur but : « Anéantir une escadre française au mouillage et sans défense ».

Bien que touché dans ses structures, avec un bilan de victimes assez élevé, le STRASBOURG parvenait à sortir de la passe, tout comme le LYNX, un des rares bateaux à n'avoir subit aucun dégât, seules quelques égratignures sur la coque dues à des projections d'éclats d'obus, mais tout l'équipage était sauf.

L'unique occasion pour notre pacha de faire cap sur la grosse mer se permettant à la suite d'échos de son détecteur ASDIC de procéder à un vaste grenadage sur un sous-marin qui aura probablement coulé et d'autre part tirer plusieurs salves avec son artillerie de bord sur un destroyer britannique lui causant de très sérieuses avaries.

Notre retour à Toulon fut salué par une presse outrageante de la part du quotidien local « Le Petit Varois » aux deux équipages du LYNX et du STRASBOURG.

Les invectivant en écrivant : « Que les marins français préféraient les canons de vin rouge à ceux de CHURCHILL » très certainement que l'auteur de ces lignes n'avait pas vécu ce drame héroïque de nos pompons rouge, une manifestation de masse devait s'en suivre, officiers en tête, sur la plus grande artère Toulonnaise, en rejetant toutes ces calomnies.
@2538

Escadrille 8S-3/18S/SS-4E

Auteur Lucien MORAREAU de l'ARDHAN le 28 décembre 2006

L'escadrille coloniale ESCADRILLE D'AVIATION 8S3 est créée le 01 Février 1940 à Dakar.

Placée sous les ordres du lieutenant de vaisseau François MICHEL DE BOISLISLE, elle est destinée à épauler, pour les missions de surveillance côtière, l'escadrille E4 équipée de Latécoère 302 quadrimoteurs affectée au Sénégal depuis le mois d'Août 1939.

Les deux premiers Loire 130 « coloniaux » pris en compte par l'escadrille sont le n°22, arrivé à Dakar le 24 Février à bord du cargo FORT DE VAUX et le n°23 dont les ailes et le fuseau moteur arrivent le 21 Mars à bord du cargo AURIGNI et la coque le 5 Avril sur le DAHOMEY.

L'ensemble des caisses a été débarqué à l'hydrobase d'Air France, située dans le port même de Dakar où doit se faire l'assemblage.

Le montage du Loire n°22 est terminé le 11 Mars, il effectue son premier vol le 15 et entre en service avec le code /8S3.2.

Le montage du second appareil, le n°23, est terminé le 28 Avril et il lui est attribué le code /8S3.3.

Pendant ce mois d'Avril, les activités se limitent à la prise en main des appareils par les équipages, au réglage des équipements radio et à des essais divers.

Le 11 Avril cependant, le n°22 (8S2.2) participe à la protection de l'appareillage de la FORCE Y qui regagne la France (cuirassé PROVENCE et croiseurs COLBERT et DUQUESNE).

Au mois de Mai, le nombre des vols opérationnels augmente.

Il s'agit de protections rapprochées de bâtiments civils et militaires qui entrent et quittent le port de la capitale du Sénégal.

Au début du mois de Juin, le troisième Loire, le n°24 /8S3.1 entre en service.

Les 23 et 24 Juin, les trois appareils participent à la protection rapprochée du bâtiment de ligne RICHELIEU qui a quitté Brest le 18 et qui arrive à Dakar (voir page 144).

L'interdiction de vol, qui a frappé toutes les unités de l'aéronautique navale en application des clauses de l'armistice, est levée après l'attaque britannique sur La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940).

À Dakar, les patrouilles reprennent mais l'ennemi a changé...

Le 08 Juillet, les Loire n°22 /8S3.2 et 23 /8S3.3 cherchent, sans le trouver, le HMS HERMES dont les avions ont attaqué à la torpille et endommagé le cuirassé RICHELIEU.

Le 11 Juillet au soir, le Loire n°23 /8S3.3 décolle de la BAN DAKAR-BEL-AIR pour une mission d'entraînement au vol de nuit.

Pour une raison qui ne sera pas expliquée par le rapport d'enquête, l'appareil percute presque immédiatement la mer.

L'enseigne de vaisseau Roger MAURS observateur et chef de bord ainsi que le premier maître pilote René BRIZOU, bien que blessés, parviennent à quitter l'épave et sont secourus par une embarcation de pêcheurs, mais les deux autres passagers, l'aspirant observateur Daniel NORMAND et le quartier maître radio volant Georges CODENT, prisonniers de la cabine, périssent noyés.

À la suite de l'attaque du RICHELIEU et pour prévenir le renouvellement de telles actions, une surveillance aérienne des abords de Dakar est organisée.

Le 14 Juillet, le Loire n°22, avec l'enseigne de vaisseau de 1ère classe observateur Roger MAURS comme chef de bord et le maître Albert ROGER comme pilote, est envoyé à Conakry d'où, tous les deux jours, ils effectuent une mission de reconnaissance sur Freetown, en Sierra Leone.

Après un dernier vol sur les îles de Los, l'hydravion rentre à Dakar le 28.

Le 01 Août, l'escadrille ESCADRILLE D'AVIATION 8S3 change d'appellation et devient la 18S mais pour peu de temps car elle est dissoute le 12 Septembre.

Ses deux Loire 130 et leurs équipages sont versés à l'escadrille E4 au sein de laquelle ils constituent une section de surveillance autonome SS-4E.

Les deux hydravions prennent les codes /4E.5 pour le n°22 et /4E.6 pour le n°24.

Le 14, le Loire n°22, avec l'enseigne de vaisseau de 1ère classe observateur Louis CHOLLET et le maître pilote Albert ROGER, effectue une reconnaissance du port de Bathurst en Gambie et, le 16, une mission de recherche de l'épave du cargo POITIERS qui s'est sabordé après avoir été arraisonné par des bâtiments de guerre britanniques.

Le 24 Septembre, la Royal Navy attaque Dakar (voir encadré).

À 09H50, au milieu des gerbes d'éclatements des obus de 380 mm, le lieutenant de vaisseau François MICHEL DE BOISLISLE décolle aux commandes du Loire n°24 /4E.6 pour observer et guider les tirs du cuirassé RICHELIEU.

Mais ce dernier ne peut utiliser ses pièces principales de 380 mm endommagées et l'hydravion revient à la BAN DAKAR-BEL-AIR 50 minutes plus tard.

Le 25, les deux Loire de la Section effectuent des missions de recherche de l'escadre britannique, au Nord et au sud de Dakar.

Le lendemain 26, le Loire n°22 /4E.5 décolle à 05H55 pour une mission de reconnaissance au large.

Dix minutes plus tard, il est intercepté par trois Dewoitine 501 de l'escadrille I6 de l'Armée de l'Air basée à Ouakam.

Si deux des pilotes identifient correctement l'appareil, le troisième le confond avec un Walrus britannique ! Et il ouvre le feu à bout portant.

La rafale ayant atteint le système de verrouillage de l'aile gauche, cette dernière se replie et le malheureux hydravion part brutalement en vrille.

La violence de la manœuvre involontaire est telle que le pilote du Loire, le maître Albert ROGER, est éjecté de son habitacle et son parachute, commandé par le câble d'ouverture automatique, se déploie normalement.

Les trois autres membres de l'équipage, l'enseigne de vaisseau de 1ère classe observateur Louis CHOLLET, le quartier maître radio volant Louis LE DORRÉ et le quartier-maître mécanicien volant Fernand NODIN, n'ont pas cette chance et, prisonniers dans la cabine du Loire, ils disparaissent avec elle lors de l'écrasement en mer de l'appareil.

La descente en parachute d'Albert ROGER a été vue par l'équipage du Loire 4HS.2 du croiseur GEORGES LEYGUES piloté par le lieutenant de vaisseau Jacques HARDY.

Il amerrit immédiatement et récupère le pilote, très choqué par son aventure, mais indemne.

Après ce drame, la section de surveillance est réduite à un appareil en ligne.

Afin de rétablir l'effectif autorisé, il est décidé de faire revenir à Dakar et transférer à la SS les deux Loire du croiseur GLOIRE en grandes réparations à Casablanca.

Les deux appareils, les n°76 et 80, accompagnés de leurs équipage également mutés, sont embarqués sur le cargo CHENONCEAUX qui appareille le 20 Octobre du Maroc et arrive à Dakar le 26.

Versés à la section dès leur débarquement, ils prennent les codes 4E5 et 4E7.

En Décembre, une nouvelle tragédie frappe la section.

Le 11, le lieutenant de vaisseau François MICHEL DE BOISLISLE, accompagné du maître radio volant Yvon LINGLARD (ou) LINGLART, décolle pour un vol d'entraînement à bord du Loire 130 « colonial » n°24 /4E.6.

Des témoins présents sur le môle qui protège la BAN voient l'hydravion effectuer un virage à très basse altitude au cours duquel une aile touche la surface de la mer.

L'appareil capote immédiatement, mais surnage, inversé.

Les secours s'organisent mais il est trop tard et ce sont deux cadavres que les sauveteurs parviennent à extraire du fuselage du Loire.

Le 15 Décembre, l'infortuné François MICHEL DE BOISLISLE est remplacé temporairement à la tête de la Section par l'enseigne de vaisseau de 1ère classe Ronald MIDOUX qui vient de débarquer de l'aviso colonial D'ENTRECASTEAUX.

L'arrivée, le 23 Janvier du Loire 130 n°36, convoyé de Karouba à Casablanca et transporté par cargo jusqu'à Dakar, permet de rétablir la dotation à trois appareils.

Mais, la menace d'une nouvelle tentative de débarquement britannique s'étant estompée, les activités de la section sont réduites et seuls quelques vols d'entraînement sont effectués au cours du premier trimestre 1941.

À la fin du mois de Février, le lieutenant de vaisseau Pierre HACARD, ex-commandant de l'hydravion de croisière « Latécoère 302 Mouneyrès », est nommé à la tête de la section.

Le seul événement échappant à la routine pendant cette période est la recherche menée le 29 Mars par le Loire n°76 /4E.5, d'un hydravion du GLOIRE qui, sur panne de moteur, a été contraint d'amerrir dans l'embouchure du Saloum, à environ 100 km au sud de Dakar.

Le second trimestre 1941 ne voit guère plus d'activité pour les Loire.

Au mois de Mai, le lieutenant de vaisseau Pierre HACARD est remplacé par le lieutenant de vaisseau Henri ARAGNOL et, le 09 Juin, un appareil de la section se porte au devant du paquebot mixte ÉRIDAN qui a été arraisonné par un bâtiment de guerre britannique.

Il s'agit de sa dernière action car, le 01 Juillet 1941, la section de surveillance de la E4 est dissoute.

Son équipage et ses appareils sont transférés au bâtiment de ligne RICHELIEU (voir page 145) où ils vont constituer le service « aviation » du bord.

Pour sa participation aux combats contre la Royal Navy, la section de surveillance de la E4 sera citée à l'ordre de l'Armée de mer (Ordre 1110 E.M.I.P. du 14/10/1940 du commandant de la Marine en AOF, voir Annexe I).

Les appareils suivants ont été en service à la 8S-3/18S/SS-4E :
• N°22Cl /8S3.2 puis /18S.2 puis /4E.5,
• N°23Cl /8S3.3,
• N°24Cl /8S3.1 puis /18S.1 puis /4E.6,
• N°36 /4E.6,
• N°76 /4E.5,
• N°80 /4E.7.
@2615

Le 27 Novembre 1942 : Sabordage de la flotte à Toulon

Résumé...


Après les noires journées de La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940), Toulon devient la seule vraie base navale digne d'accueillir la flotte française : 90 navires y sont au mouillage en Novembre 1942 ce qui représente plus de la moitié des unités navales dont la partie la plus moderne.

Le JEAN BART (à Casablanca) et le RICHELIEU (à Alexandrie) sont les deux fleurons manquants à l'appel.

Composition de la flotte...


La flotte se divise en 3 groupes.

La flotte de Haute Mer sous les ordres de l'amiral DE LABORDE dont le pavillon est sur le STRASBOURG :
STRASBOURG
ALGÉRIE
COLBERT
DUPLEIX
MARSEILLAISE
JEAN DE VIENNE
• 10 contre-torpilleurs et 3 torpilleurs

Les bâtiments armés sous les ordres du préfet maritime vice-amiral MARQUIS :
PROVENCE
COMMANDANT TESTE
• 6 torpilleurs
• 3 sous-marins

Les bâtiments en gardiennage :
DUNKERQUE
FOCH
LA GALISSONNIÈRE
• 8 contre-torpilleurs
• 6 torpilleurs
• 10 sous-marins

Calendrier...


Le débarquement allié en Afrique du Nord le 08 Novembre 1942 va fournir à HITLER le prétexte qui lui faisait défaut pour envahir la zone libre et le 11 Novembre 1942 il déclenche l'opération ATTILA, franchissant la ligne de démarcation.

Malgré la menace sous-jacente qui pèse sur la flotte de Toulon, le gouvernement de Vichy se fie aux promesses du Führer qui s'est engagé à laisser la base navale sous autorité française.

Un récent télégramme d'HITLER lui-même avait stipulé que la rade ne serait pas occupée.

Il semblerait que les autorités françaises d'alors aient oublié le peu de crédit que l'on pouvait accorder au déclarations du chef du Reich.

12 Novembre


L'amiral François DARLAN appelle la flotte à se joindre aux alliés pour combattre HITLER.

Hélas, les commandants avaient tous du prêter serment au gouvernement de Vichy : appareiller aurait donc été interprété comme une haute trahison.

De plus, dès le déclenchement de l'opération ATTILA, la Luftwaffe avait réuni les moyens nécessaires pour s'opposer efficacement à toute tentative de sortie de la Flotte française.

Une opération aussi hasardeuse aurait coûté très cher sur le plan humain et beaucoup d'unités n'auraient pas été rapidement opérationnelles, à condition d'avoir pu rallier un port allié.

L'offensive allemande s'arrête aux portes de Toulon où les troupes françaises ont pris position pour défendre la flotte.

19 Novembre


LAVAL ordonne au troupes de se retirer du camp retranché.

Les allemands réitèrent leurs promesses de 1940 :

« On ne touche pas à la flotte » mais en préparent la capture par surprise au travers l'opération ANTON-LILA.

4 groupes de combat se préparent dans ce but :
• Groupe de combat A : Ce groupe doit avancer depuis l'Ouest, capturer la péninsule sud de Toulon, la ville de La Seyne-sur-Mer, la forteresse Napoléon et Six-Fours, ainsi que la péninsule de Saint-Mandrier qui contrôle l'accès au port
• Groupe de combat B : Ce groupe doit avancer depuis l'Ouest, le long de la Nationale 8 pour atteindre le coeur de Toulon, occuper l'arsenal et capturer la flotte
• Groupe de combat C : Ce groupe doit avancer derrière le groupe B pour couvrir ses arrières et ses flancs. Il doit également capturer la forteresse du Mont Faron et Grand Saint-Antoine ainsi que les bâtiments militaires à Saint-Anne
• Groupe de combat D : Ce groupe arrive de l'Est, le long de la Nationale 97 après avoir passé Toulon au Nord. Il doit capturer la station radio du Mourillon, le fort Lamalgue (siège du Haut Commandement) et le bassin du Mourillon

En complément de ces groupes, des éléments SS avancent derrière le groupe A pour occuper Sanary, pendant que plus à l'ouest des éléments de la 335ème Division d'Infanterie (environ un bataillon) doivent sécuriser la côte.

Pour finir, la Luftwaffe utilisera des Heinkel 111 pour miner les chenaux du port, attaquer et couler tout navire français tentant de sortir.

Des Junker 88 et des Heinkel 115 sont également prêts à intervenir pour intercepter tout navire appareillant.

27 Novembre


04H25 Les chars allemands sont à la porte de l'arsenal.

L'amiral MARQUIS est fait prisonnier au fort Lamalgue.

04H30 l'amiral DE LABORDE est prévenu. Il refuse de croire au manquement de parole des allemands mais fait réveiller les équipages, allumer les chaudières (4 à 5 heures avant de pouvoir appareiller) et prend les dispositions en vue du sabordage

05H25 Les panzer allemands forcent la porte de l'arsenal. Le STRASBOURG lance par radio l'ordre de sabordage :
« Ici FHM. Sabordez la flotte... Sabordez la flotte... »

L'ordre est répété par signaux optiques.

Des porteurs emmènent également le message aux navires.

« Exécutez immédiatement le sabordage de votre bâtiment. Amiral DE LABORDE, commandant en chef les forces de haute mer »

Pendant ce temps, les Panzer se perdent dans les dédales de l'arsenal et arrivent trop tard pour empêcher le sabordage.

Un violent accrochage a lieu sur le STRASBOURG : un obus de 75 millimètres fait un mort et cinq blessés en tombant sur la tourelle 3. Le commandant en second ordonne de riposter au fusil mitrailleur et à la mitrailleuse. Des allemands sont fauchés mais DE LABORDE fait cesser le tir.

En quelques minutes les destructions très importantes sur de nombreux navires :
• Le STRASBOURG coule droit sur 14 mètres de fond
• L'ALGÉRIE va brûler pendant 2 jours
• La MARSEILLAISE coule avec 30° gîte
• Le DUPLEIX est incendié à 0625 quand les allemands montent à bord. Les soutes à munitions explosent à 08H30, les torpilles à 1100
• Les torpilleurs et contre-torpilleurs (Quai Noël) sont coulés quand les allemands arrivent.
• Le mât du CASSARD arbore le pavillon « Ordres amiral exécutés »
• En ce qui concerne les bâtiments en gardiennage ou réparation, le sabordage est difficile à effectuer cause des équipages réduits
• Le DUNKERQUE est détruit in extrémis
• 4 contre torpilleurs (dans les grands bassins Vauban) et 2 torpilleurs sont capturés presque intacts (PANTHÈRE et TIGRE aux appontements de Milhaud)
• Toutes les installations de la Marine nationale (batteries côtières et front de mer) sont détruites mais, bravant les ordres de sabordage car n'appartenant pas aux Forces de Haute Mer, 5 sous-marins (CASABIANCA, MARSOUIN, LE GLORIEUX, IRIS et VÉNUS) appareillent du Mourillon : le VÉNUS se sabordera en grande rade alors que les autres, en parvenant à éviter à la fois les mines et les bombardements allemands, parviendront à prendre le large. Le CASABIANCA et le MARSOUIN rejoindront Alger, LE GLORIEUX ira à Oran alors que l'IRIS se réfugiera à Barcelone

Conclusion...


La défaite stratégique est indéniable pour les allemands : ils n'ont pu mettre la mains sur la flotte française qui est détruite à 90% dont la totalité des Forces de Haute Mer.

Le sabordage montre à CHURCHILL que la parole donnée par François DARLAN en Juin 1940 n'était pas vaine.

Quant au gouvernement de Vichy, il vient de perdre son meilleur atout vis-à-vis de l'opinion française
@5225

TORNADE : naufrage au cap de l'aiguille devant Arzew en baie d'Oran (Algérie)

Auteur Robert CALAMIA le 08 novembre 1942

Débarqué du sous-marin CAÏMAN, j'ai embarqué sur le Torpilleur TORNADE au mois de juin 1941.

J'étais alors quartier-maître de 2ème classe fusilier marin.

La devise de la TORNADE était :
« Fier au combat, joyeux au port, jamais tornade n'a de tort »

Bizerte année 1941


Dès le mois de janvier, plusieurs navires sont réarmés : les sous-marins CAÏMAN, SOUFFLEUR et MARSOUIN ; les torpilleurs TRAMONTANE, TYPHON et TORNADE de même que l'aviso ÉLAN.

Au mois de mai 1941, les sous-marins appareillent en direction de Beyrouth (Liban). Venant de Toulon, le contre-torpilleur CHEVALIER PAUL vient se ravitailler à Bizerte, puis prend la mer également en direction de Beyrouth. Au cours de la nuit qui suit son départ, il est torpillé par la marine anglaise au large des côtes de la Grèce.

En 1941, la TORNADE appartient à la 7ème division de torpilleurs, et porte sur sa coque l'inscription T.73. La 7ème division de torpilleur est également composée de la TRAMONTANE : T.71, et du TYPHON T.72. Tous trois accompagnés de l'escorteur L'IPHIGÉNIE ont pour mission d'escorter deux fois par semaine les cargos de fret des compagnies civiles : PLM, Seyneville... qui se rendent de Bizerte à Sfax dans les eaux tunisiennes, c'est pour les marins une mission relativement agréable sous le soleil des mois de juillet et d'août.

Aux environs des îles Kerkenah nous passons dans un chenal protégé par des mines. Dans les eaux peu profondes, entre Sousse et Sfax, nous apercevons une vingtaine de cargos italiens qui ont été envoyés par le fond alors qu'ils faisaient route en direction de la Libye pour approvisionner les troupes allemandes.

Décrivant des alignements sur deux files leur mâture émerge.

À la fin du mois d'août 1942, lors de l'appel de 13h00, un officier nous informe que la 7ème division de torpilleurs aura désormais Oran (Algérie) comme port d'attache. Nous quittons Bizerte à 08h00, un jour du mois de septembre 1942, pour arriver à Bône le lendemain matin vers 04h00.

Après 3 jours passés à quai, nous appareillons en direction du port des Andélys (Algérie), où nous avons fait une escale de 3 jours. Nous appareillons ensuite en direction de Bougie (Algérie). Arrivé au cap Carbone, nous effectuons un exercice de débarquement.

Alger est notre escale suivante. Huit jours de ravitaillement en vivres, mazout etc. précèdent notre appareillage pour Mostaganem.

Ce périple se termine par une entrée dans le port d'Oran. À quai se trouvent le sous-marin LE CENTAURE, l'aviso LA SURPRISE, le remorqueur de haute mer L'AJACCIENNE, le remorqueur de servitude CHÊNE et un dragueur de mines. La TORNADE s'amarre au quai Beaupuis, le TYPHON au quai du ravin blanc à l'aplomb du fort Gambetta, quant à la TRAMONTANE elle s'amarre entre le quai Lamoune et la jetée nord.

Au début du mois d'octobre 1942, une représentation constituée par les marins de la TORNADE dépose une plaque commémorative sur la jetée du port voisin de La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) à la mémoire des marins morts lors des affrontements avec la marine anglaise le 03 juillet 1940. Une garde d'honneur se rend ensuite au cimetière situé à proximité du fort des santons pour honorer les marins morts pour la France.

Au cours de la période qui suit les torpilleurs se relayent pour effectuer une surveillance des installations de la base aéronavale d'Arzew. Ces rotations durent 24 heures.

Vers la fin octobre, le Torpilleur TRAMONTANE appareille pour Casablanca (Maroc) afin d'escorter trois navires en provenance de Dakar (Sénégal). Arrivant à la perpendiculaire de Nemours (Algérie) il se trouve en queue d'un important convoi puissamment protégé par une escorte de navires américains. S'approchant à faible allure de ce convoi, il lui est ordonné de s'en éloigner.

Le 06 novembre 1942, la TRAMONTANE entre dans le port d'Oran avec le cargo BAMAKO, et les sous-marins de 1500 tonnes ACTÉON et PALLAS. Terminant ses réparations, le contre torpilleur ÉPERVIER est mis à l'eau encore tout bariolé de peinture au minium.

La journée du 07 novembre 1942 n'est pas une journée comme les autres. Tous les permissionnaires ont droit de descendre à terre, toutes les deux heures sans distinction de bordée. Tout l'équipage devra être de retour à bord pour minuit. La soirée est quelque peu angoissante, chacun se demande ce qu'il se passe. Après l'appel de 19h00 les chaudières sont allumées, les mécaniciens font chauffer les turbines, un camion chargé d'explosif quitte le quai, à son bord, un commando part faire sauter le pont donnant accès à la route de Nemours à Oran.

Les hommes de pont sont employés à approvisionner les norias destinées à alimenter en obus les canons de 130 mm, de même que l'armement des mitrailleuses.

Vers 20h00, un officier est appelé au fort Lamoune où se trouve l'amirauté. À son retour, on nous informe :
« Casse croûte à minuit pour tout le monde »

Après quoi, nous repartons dans nos hamacs.

À minuit, les fusiliers marins placés sous les ordres du capitaine d'arme entament un réveil discret de l'équipage. Nous dégustons notre casse croûte et gagnons le poste de combat. À la machine, les mécaniciens balancent les turbines, les ventilateurs de chaufferies tournent en sourdine, nous entendons ronfler les groupes électrogènes.

L'équipe de sécurité s'assure que les hublots avec leur tape blindée sont bien fermés.

Le 08 novembre 1942, il est environ 3 heures du matin, la température est d'une douceur printanière, la pleine lune et un temps parfaitement dégagé éclairent le port d'Oran d'une lumière bleutée. Seule à l'entrée de la passe, une brume légère enveloppe le remorqueur CHÊNE de garde cette nuit là.

Tout à coup un tir de canon provenant du remorqueur de garde informe les équipages placés au poste de combat qu'il se passe quelque chose d'anormal. C'est alors qu'un navire entre dans le port tous feux éteints. À son bord se trouve un commando armé ayant pour mission de s'emparer de la place. Il est probable que le commandant de ce navire était informé de la disposition du port. Il se trouve alors nez à nez avec le torpilleur TRAMONTANE qui dirige un projecteur allumé sur l'intrus afin de connaître sa nationalité. Il s'agit de l'ARTLAND battant pavillon américain. Ce dernier envoie aussitôt une salve de mitrailleuse pour détruire le projecteur. C'est alors que des tirs fournis des mitrailleuses et un tir au canon de 130 mm, presqu'à bout portant provoquent d'importants dégâts et un incendie sur le bâtiment américain. Après avoir viré sur son ancre et décroché en marche arrière, celui-ci explose et sombre corps et biens. Seuls 4 militaires sont sauvés et fait prisonniers.

L'amirauté ordonne le branle-bas de combat général suivi par les sirènes de la ville.

La TRAMONTANE et la TORNADE appareillent alors qu'un second navire le VALNAY pénètre à son tour dans le port et se présente face au torpilleur TYPHON. Le scénario précédent se reproduit envoyant pas le fond le navire américain qui sombre également corps et biens. Arrivant en face, la TORNADE est obligée de se porter sur bâbord afin d'éviter le navire naufragé. Étant trop près de la passe le torpilleur abîme son étrave en touchant un contrefort. Une partie de sa coque située sous la ligne de flottaison est arrachée. Durant plus d'une heure, l'équipe de sécurité s'emploie à colmater la brèche. Après quoi, la TORNADE reprend sa route en direction d'Arzew. Toutefois, la vitesse du navire est contrariée par l'étrave endommagée provoquant une résistance au déplacement et limitant sa vitesse à 6 nœuds.

Il me semble que dans ma vie je n'ai jamais vu une nuit passer d'un beau clair de lune à une nuit d'un noir intense. Cette obscurité était angoissante, j'attendais avec impatience le levé du jour qui tardait à poindre. Je me souviens qu'à l'horizon deux éclairs et des flammes ont troublé le noir intense de cette nuit. Enfin le jour s'est levé. Le temps était légèrement voilé, la mer était d'un calme plat. Nous nous trouvions sous les falaises de Camastel au niveau du sémaphore. À huit heures trente nous avons croisé un sous-marin : l'ARGONAUTE à qui nous avons rendu les honneurs. Puis il plongea pour ce qui devait devenir sa dernière mission.

À la pointe des Andalous, les troupes américaines débarquaient. Disposé en demi cercle plus de 20 navires : croiseurs, porte avion et un cuirassé de type NELSON assuraient leur protection.

Par ailleurs, la baie d'Oran était cernée par les bâtiments de la Royale Navy, de la base d'Arzew à la pointe des andalous. Les batteries du fort des Santons et du fort de Camastel faisaient feu sur les navires britanniques dont les tirs nourris réduisaient rapidement au silence les deux fortifications.

Nous apercevions le torpilleur TRAMONTANE hors combat, la plage avant immergée et les hélices hors de l'eau. Proche de la côte les marins rescapés regagnaient la rive en nageant.

Dans une avance lente, la TORNADE reçu un message en scott du cuirassé COMMODORE, lui ordonnant de se rendre. C'est alors que les navires anglais ouvrir le feu dans notre direction. Des gerbes d'eau résultant des tirs de réglage des bâtiments britanniques amena un officier torpilleur à solliciter du commandant l'abandon à la mer de torpilles et de grenades afin d'éviter qu'elles explosent lors d'un tir au but adverse. Cela fut fait. La TORNADE épuisa ses munitions par des tirs continus de ses quatre canons de 130 mm. Sous le feu de l'escadre britannique elle est atteinte par un obus, l'explosion blesse à la poitrine un marin, le serveur de la noria a l'avant bras arraché. Un second obus pénètre la coque sous la ligne de flottaison. Le collecteur principal de vapeur laisse échapper un jet à 600°, endommageant gravement les turbines et tuant les marins qui s'y trouvent. Trois hommes arrivent à s'extraire de cet enfer. L'un d'eux âgé de 18 ans, la jambe en partie arrachée décède sous nos yeux. Un troisième obus touche le navire tuant le servant de la pièce de 37 mm située à l'arrière, puis un quatrième traverse le pont à tribord tuant l'officier torpilleur et des hommes de l'équipe de sécurité.

C'en était fini, la TORNADE glisse sur son erre jusqu'à proximité du cap de l'aiguille. Un homme sort de la machine, il me dit en s'essuyant les bras :
« Ils ont eu la peau mais pas les os. »

Je l'accompagne jusqu'à l'embarcation d'évacuation. Il n'y avait plus de place, je décide alors de regagner la rive à la nage, plusieurs marins l'ont déjà atteinte.

Les explosions sous marines avaient tué de nombreux poissons et notamment des « Chiens de mer » dont la tête émergée fait apparaître une dentition impressionnante. Alors que je tente de regagner la terre, l'arrière de la TORNADE s'enfonce entraînant le reste du navire, l'étrave dirigée vers le ciel disparaît sous les flots. Un tourbillon provoqué par le navire produit un effet d'aspiration dans lequel je suis pris, durant une ou deux minutes je ne peux rien faire sinon descendre vers l'abîme. Dans cet instant où l'on pense que l'on va mourir, des images de ceux qui nous sont chers nous viennent en mémoire : notre femme, nos enfants, nos parents ... cet instant à la fois très court mais qui nous paraît interminable restera gravé à jamais.

Par chance, les fonds marins à cet endroit ne sont que de 35 mètres environ et la TORNADE se stabilise sur le flanc. Un effet de remous contraire me renvoie à la surface, épuisé mais vivant j'arrive à regagner les rochers qui forment la rive.

D'autres navires furent envoyés par le fond : l'aviso LA SURPRISE, le sous-marin ACTÉON.

Il était midi, le calme était revenu sur la baie d'Oran toujours encerclée et survolée par les avions anglais. Nous avons fait un appel et avons regagné le sémaphore par la route. Nous l'avons atteint vers 17 heures. Le gardien nous a offert un bol de vin, je savourai chaque gorgée et bénissait le ciel d'être encore en vie. Vers 18h00 nous avons embarqué sur le remorqueur L'AJACCIENNE à bord duquel nous avons bu du café et mangé une tranche de pain. Durant la nuit, je suis resté dans la chaufferie afin de pouvoir sécher mes vêtements. Le lendemain L'AJACCIENNE battant pavillon de la croix rouge a appareillé pour nous ramener à Oran.

À quai, on nous a donné des vêtements et du savon. Nous avons gagné les installations souterraines pour y prendre nos quartiers. J'ai été affecté aux transmissions d'ordres. Le reste de l'équipage a été constitué en commando destiné à défendre l'entrée de la base d'Oran, car les combats n'étaient pas finis.

Au large, le torpilleur TYPHON faisait toujours face à l'escadre britannique, les combats ont duré trois jours. Et puis, le cessé le feu général est arrivé.

Les forces américaines sont entrées dans la ville. La population enthousiaste les accueillait dans une liesse indescriptible « Les américains sont là ! »

L'équipage de la TORNADE a passé huit jours derrière les barbelés, prisonniers des américains. Le torpilleur TYPHON au terme d'un héroïque combat s'est sabordé devant la passe du port d'Oran.

Puis un ordre en provenance de l'état major a été affiché :
« Nous reprenons les armes aux côtés des forces alliées »

J'ai été affecté à la 8ème batterie de DCA mobile déjà en action à Tebessa (frontière Tunisienne). C'était le début de la campagne de Tunisie.

Le 07 mai 1943 la batterie rentrait triomphante à Tunis déclarée ville ouverte. Le 2ème front du débarquement en Afrique du nord était créé.

Cette dure période de combat a laissé dans ma mémoire un souvenir que je ne suis pas près d'oublier à 92 ans.
@4683

J'Y ETAIS (à La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940))

Auteur André JAFFRE le 03 juillet 1940

« J'Y ÉTAIS » à bord du cuirassé BRETAGNE à La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940) le 3 juillet 1940.

Récit de cette journée par le matelot armurier André JAFFRE rescapé à l'âge de 18 ans

« Je pense que l'on se construit, au fil des ans, une mémoire, faite uniquement de souvenirs. »

Je dédie ce récit : à ma femme, à mes enfants et à mes petits enfants.

En mémoire de mes camarades disparus à bord du cuirassé BRETAGNE le 3 juillet 1940 à La bataille de Mers el-Kébir (03/07/1940).


Fait à LORIENT, le 1er Décembre 1989.

André JAFFRE

Six heures, c'est le clairon qui me réveille. Il émet des sons tellement stridents que j'en sursaute dans mon hamac. Je m'étire quelques secondes. Il fait une chaleur moite dans cette batterie où nous dormons à une cinquantaine de matelots. Il est vrai que nous sommes le 3 juillet 1940. C'est l'été, et dans la rade de Mers el-Kébir, tout près d'Oran où notre navire est ancré, le soleil darde déjà ses chauds rayons. Allons, un prompt rétablissement et me voilà en bas, les pieds nus au contact du métal chaud du pont de la batterie. Je ficelle rapidement mon bois de lit (hamac) pour le ramasser dans le bastingage. Mes camarades s'affairent également et c'est à celui qui gagnera le plus vite l'échelle pour ranger son couchage. Il ne faut pas dormir car déjà le bidel (capitaine d'armes) se pointe dans les coursives. Les douches se mettent en action. L'eau tiède finit par me réveiller. La mousse du savon de marseille me pique les yeux. Malgré la vapeur d'eau, la buée, j'entrevois mes camarades, tels des ombres, des fantômes gesticulants, chantant à tue-tête. Un bon rinçage et l'eau s'arrête sans préavis. Vite chacun à son caisson, un bon coup de serviette, de peigne, un peu d'eau de cologne, que déjà le bidel passe en hurlant « au jus là dedans ». Le matelot de semaine commence la distribution du café très chaud. Il a été le chercher à la cuisine dans un bidon. La répartition est vite faite, un bidon pour huit, une boule de pain et de la confiture, quelque fois un peu de beurre, une sardine à l'huile. Le petit déjeuner est pris en commun, debout près du bastingage. Les premiers propos s'échangent, les premières boutades de la journée, de cette journée longue pour certains, courte pour d'autres, la dernière pour beaucoup d'entre nous.....

Le clairon sonne le rassemblement. Il est sept heures et demie et nous nous précipitons vers les échelles pour gagner au plus vite le pont supérieur. Nous nous rassemblons sur la plage arrière du navire. Le maître fusilier nous fait ranger en colonne par trois. Un commandement bref, puis repos, en attendant l'inspection matinale de l'officier de service avant l'envoi des couleurs.

Ces quelques minutes de répit, mais dans un silence total, me permettent de laisser vagabonder mon imagination, de faire le point. Deux mois déjà que je suis embarqué sur le cuirassé BRETAGNE. Deux mois qui ont passé rapidement. Auparavant je faisais campagne sur un pétrolier GARONNE, que j'avais pris au passage à Brest. Le pétrolier, un vieux rafiot, était sale. J'étais le plus jeune matelot à bord et je venais d'avoir dix huit ans. L'équipage composé d'une cinquantaine de matelots, comportait beaucoup de réservistes, mobilisés pour la durée de la guerre. Le pétrolier dont la mission essentielle était le ravitaillement de nos sous-marins en pleine mer, sentait très fort le mazout évidemment. L'odeur écœurante qui s'en dégageait en permanence, nous arrachait à la longue les entrailles, jusqu'à en vomir la bile, même par temps calme. Je demandai donc à débarquer. Le commandant MOREAU, un brave homme, réserviste rappelé, ne fit aucune objection. Huit jours plus tard, j'embarquais sur le cuirassé BRETAGNE à Oran.

Je me plais à bord du BRETAGNE. L'équipage comprend environ 1 400 officiers, officiers mariniers, quartiers-maîtres et marins. Dès mon embarquement, j'ai été reçu par le patron des armuriers, le maître principal JAOUEN. Les armuriers du bord, au nombre de trente cinq m'ont réservé un accueil chaleureux. Cela m'a fait du bien au cœur. Enfin, j'ai trouvé une équipe bien soudée, comme une famille. Je vais pouvoir travailler et mettre en application les connaissances acquises à l'ÉCOLE DES APPRENTIS MÉCANICIENS DE LA FLOTTE à LORIENT.

L'officier responsable de l'artillerie auquel je suis présenté, me dit qu'en raison de mes bonnes notes, il m'affectait à un poste de quartier-maître. Me voilà donc, jeune matelot armurier exerçant une fonction de quartier maître, avec le numéro 1501-Q. Responsable de la pièce d'artillerie 138/10, par tribord, casemate 13. Je prends immédiatement possession de mon poste de combat. Je me présente à mon chef de pièce, le quartier-maître chef SALAIN puis aux deux pointeurs et je fais la connaissance des équipes de servants. En qualité d'armurier, mon rôle consiste à me tenir à la disposition du chef de pièce. Je dois, en cas d'avaries ou d'incidents de tir, intervenir immédiatement. Ma caisse d'outils et les pièces de rechange, sont à mes côtés. Je connais bien le canon 138/10 pour l'avoir étudier à l'école. Ce poste me convient parfaitement.

« Garde à vous ! »

Un commandement sec, comme un fouet, me tire brusquement de ma rêverie. Immédiatement, par réflexe, je rectifie la position, les bras le long du corps. Je suis au garde à vous.

Tout l'équipage est rassemblé. Le soleil matinal brille déjà sur la ville d'ORAN que j'aperçois au loin. Les matelots, dans un ordre impeccable sont immobiles. Les bérets blancs se confondent avec le lointain et les pompons rouges me font songer à un champ de coquelicots, chez moi, en Bretagne.

Le commandant du cuirassé arrive. C'est le 'pacha'. Nous l'aimons et le respectons beaucoup, son nom, le capitaine de vaisseau Louis LE PIVAIN. Il a revêtu sa belle tenue blanche d'apparat. Sur sa casquette cinq galons dorés brillent au soleil, sur sa poitrine, beaucoup de décorations.

« Attention pour les couleurs ! Envoyez ! »

Le pavillon bleu, blanc, rouge, est hissé à l’arrière du navire par un matelot. Le clairon sonne les couleurs. La cérémonie matinale va se terminer.

« Repos ! Le commandant va vous parler ! Garde à vous ! »

Notre commandant monte sur le sabord d'une pièce d'artillerie. Tout l'équipage le voit bien Que va-t-il nous dire ? Il n'a pas l'habitude de parler à l'équipage. Sa voix est puissante :

« Officiers, officiers mariniers, quartiers-maîtres et marins ! Je m'adresse à vous pour vous informer que notre Patrie, envahie par l'armée allemande et traîtreusement attaquée par l'armée italienne, a dû, comme vous le savez déjà demander l'armistice. Les armées de terre ont déposé les armes. La population civile subie les outrages des envahisseurs. Seule la Marine française est intacte. Je vous demande de continuer le combat, auprès de nos alliés jusqu'à la libération de la France ! Vive le cuirassé BRETAGNE ! Vive l’escadre de la Méditerranée ! Vive la FRANCE ! »

Un long silence. Repos ! Sur tous les visages un rayonnement. Enfin, nous allons continuer la lutte avec nos amis Anglais. Les commentaires vont bon train. Tout l'équipage apprécie la déclaration du pacha. Gageons que sur tous les autres navires, ancrés en rade de Mers el-Kébir, l'émotion et la joie est la même.

Un instant, ma pensée va vers mes parents. Papa, maman, ma petite sœur Olga, qu'allez-vous devenir ? LORIENT est envahi. J'ai reçu une lettre il y a huit jours. Les nouvelles n'étaient pas rassurantes.

La voix stridente du capitaine d'Armes, fait cesser toute rêverie.

« Rassemblement par section ! Les tribordais, en tenue de Compagnie de débarquement ! pour sortie militaire à terre ! Les autres au poste de travail ! Rompez les rangs ! »

Voilà une journée qui commence sous de bons auspices. La guerre n'est pas encore terminée et l'on nous invite à une promenade à terre. Il fait beau, je pète la santé, tout va bien !

Je descends à la batterie pour changer de tenue. Je croise à l'échelle des camardes armuriers qui rejoignent, eux « barbordais », leur poste de travail et qui font la moue.

Les matelots de la compagnie de débarquement descendent la coupée un à un, et prennent place à bord des chaloupes. J'en fait partie. Les chaloupes sont prises en remorque par une vedette. En peu de temps nous touchons terre, à environ deux mille mètres. Nous débarquons dans le port de Mers el-Kébir. Le capitaine donne des ordres. Nous nous rassemblons sur trois, l'arme à la bretelle et en avant, sans cadence, marche !

À voix basse nous conversons et nous prenons la route d'Ain el-Turk, petite station de repos, au bord de mer. Le temps est beau et le soleil déjà haut. Au bout d'un moment, la route monte légèrement et nous dominons la rade. La vue est magnifique. L'escadre est là, devant nous, bien alignée. Les gros navires de ligne, cuirassés et croiseurs, sont amarrés à la digue, à l'entrée de la rade de Mers el-Kébir. Le COMMANDANT TESTE, le BRETAGNE, le STRASBOURG, la PROVENCE, le DUNKERQUE (navire amiral) tels des géants au repos, sont impeccables de propreté. Ils semblent somnoler. Ils nous inspirent la confiance, la sûreté et nous en sommes fiers.

Nous marchons depuis près d'une heure. Nous longeons la route côtière. La circulation est peu active en cet endroit et nous croisons de temps en temps, un arabe, qui, sur son bourricot, se dirige vers la ville. Le capitaine suggère :
« Une chanson ? C'est parti ! Au près de ma blonde qu'il fait bon ! fait bon ! »

Aussitôt deux cents voix reprennent en cœur l'air célèbre légué par nos anciens. Mon voisin chante si faux que mes oreilles en frissonnent. Heureusement que l'ensemble couvre le tout et forme un cœur assez cohérent. La chanson est à son paroxysme, les bouches grandes ouvertes et en cadence, nous chantons, nous marchons. Tout à coup, que se passe t-il ? Tous les regards se tournent vers la mer. En effet, la Méditerranée est là, toute bleue et d'un calme si intense, que son infini se confond avec le ciel. Cependant, les marins, bons observateurs, ont remarqué qu'au lointain, à la ligne d'horizon, quelque chose d'insolite se produisait. En effet, je distingue quelques points au large. Des navires sûrement qui approchent de nos côtes. Le capitaine ordonne à la colonne de s'arrêter. D'un étui, il en sort une paire de jumelles puis, il scrute vivement l'horizon. Nous l'observons en silence. Son visage, au teint hâlé, buriné comme un vieux loup de mer, se détend. Il quitte ses jumelles, puis se tourne vers nous. Un large sourire découvre la blancheur de ses dents :
« Messieurs ! c'est la flotte anglaise ! je viens de reconnaître leur pavillon. »

De toutes les poitrines un « hourra ! » jaillit.

Tous les matelots font des signes des bras vers le large. Notre joie est indescriptible. Nous distinguons de mieux en mieux l'escadre anglaise qui s'est rapprochée à plusieurs milles des côtes algériennes. Les conversations s'animent et le capitaine a bien du mal à faire cesser notre hilarité. Il commande :« En avant ! »

Nous reprenons notre marche tout en échangeant des commentaires :
« çà y est, les anglais sont là ! Ils viennent nous chercher pour continuer le combat contre les Allemands. N'est ce pas mon capitaine ? »

C'est normal, il y a quinze jours encore, nous sommes sortis avec l'escadre anglaise. Les Italiens nous ont tendu un piège. Ils en ont été pour leurs frais car nous leurs avons coulé trois sous-marins. Voilà les mêmes navires anglais qui viennent vers nous pour une nouvelle opération.

C'est formidable ! L'entente cordiale quoi.

Nous marchons sans cadence sur le bord de la route. Vivement le casse-croûte, çà commence à creuser tout cela. Il doit bien être onze heures. Le soleil chauffe déjà et j'ai soif. Je sors mon bidon et je bois une bonne rasade d'eau. Elle est encore fraîche. Tout à coup j'entends des appels. Une voix lointaine qui se rapproche :
« Capitaine ! Capitaine ! »

Je me retourne et j'aperçois venant à bicyclette, un matelot, un messager. Il est tout en sueur.

« Capitaine, un message de bord »

Il rectifie la position, puis saluant l'officier, lui remet un pli.

« Halte ! » fait le Capitaine.

« Repos ! »

Les hommes s'arrêtent. Immobiles nous scrutons les réactions de notre chef. Que signifie ce message ? La lecture de celui-ci ne laisse échapper aucun commentaire sur les lèvres du Capitaine. Il se retourne vers nous et d'une voix métallique ordonne :
« La sortie est annulée ! Demi-tour ! Direction le bord au pas cadencé ! »

Conscients de la mission qui nous attend à bord, de la lutte que nous allons continuer auprès de nos alliés, c'est avec ardeur que les ordres sont exécutés. La compagnie fait un demi-tour. Le capitaine en avant. La cadence est vraiment rapide. Les ventres sont creux. Certains se font décrochés rapidement. Avec mon mètre soixante quinze et mes soixante kilos, je suis facilement le rythme imposé. J'aurai tendance à me retrouver en tête du peloton. Le capitaine allonge sa foulée, il se retourne. Me voyant sur ses talons il me fait un clin d'oeil et sourit. Derrière c'est la débandade. Il commande :
« Halte ! Sans cadence ! Marche ! »

Les matelots ont le temps de se regrouper. ça tousse dans les rangs. Les fumeurs sont essoufflés. Nous atteignons enfin le port de Mers el-Kébir. L'escadre est là qui attend. Autour des navires je constate un va-et-vient de vedettes inhabituel. Les embarcations sont là à quai, parées pour l'embarquement. Un à un, les matelots montent à bord. Haletant, le cœur battant, nous nous asseyons sur les bancs des chaloupes, le fusil entre les genoux. Une vedette remorque l'ensemble des embarcations et un quart d'heure plus tard, nous atteignons la coupée tribord du BRETAGNE. Nous escaladons vivement l'échelle et nous nous rassemblons sur la plage arrière du navire.

Tout d'abord, je constate que l'équipage resté à bord est très actif. Les canonniers s'affèrent autour des pièces de 75 mm, les hommes du pont, manœuvriers, bosco, etc... Vérifient les aussières et autres élingues nécessaires à l'appareillage. De la cheminée du cuirassé s'échappe une épaisse fumée noire. La pression dans les machines doit commencer à monter sérieusement. Il est environ midi. Il fait une de ces chaleurs sur la plage arrière ! Le commandant en second arrive :
« Garde à vous ! »

Il s'entretient avec le capitaine quelques secondes, qui se tournant vers nous commande :
« Tout le monde à son poste de combat ! »

Ça y est, nous allons sûrement appareiller dans les minutes qui vont suivre. Le temps de descendre et de ranger notre fusil au magasin d'armement, de changer de tenur à la batterie, que déjà le clairon sonne.

« Au poste de combat »

Quand est-ce que l'on va bouffer ? s'exclament quelques matelots. Mon estomac commence à crier famine, car depuis six heures et demie ce matin, ça commence à faire long. Enfin nous aurons le plaisir de casser la croûte, tout à l'heure, avec nos amis les Anglais? et quel casse-croûte ?

Je fonce à mon poste de combat. Pour y accéder, je descends l'échelle métallique. Je passe par la casemate 9, la casemate 11 et enfin la casemate 13. Elle est armée de deux pièces d'artillerie de 138/10. Ces pièces font saillies dans la coque du bateau, par des sabords à tribord (à droite du navire en regardant vers l'avant). Nous sommes donc situés dans les cales, entre le pont supérieur et les machines.

Il fait une chaleur étouffante. L'aération est quasiment nulle. C'est la raison pour laquelle, nous sommes vêtus uniquement, du tricot de marin rayé, que l'on appelle également tricot de combat, du pantalon de toile bleue, bleu de chauffe, d'une paire de chaussures montantes, pas de chaussettes.

Tout l'équipage est à son poste. Les servants, les pointeurs ont ajusté leur casque d'écoute sur les oreilles. Ils sont en liaison radio, avec le maître canonnier, qui se trouve en arrière de la pièce d'artillerie. Lui même est en liaison avec l'officier de tir qui se trouve sur la passerelle. Le tireur et ses deux servants se situent à proximité de la culasse, légèrement à droite. Ils sont prêts à intervenir. Les munitions sont rangées le long des épontilles et d'autres servants sont chargés de les acheminer au tireur. J'ai pris mon poste habituel à proximité du chef de pièce, paré à intervenir en cas d'incidents. Les minutes s'écoulent lentement. Un silence règne dans la batterie. Seule, la transmission des ordres par radio, émet quelques sons nasillards. Nous sommes environ quarante hommes dans la batterie et la chaleur est à son paroxysme.

Toujours pas de nouvelles précises. Que fait-on là depuis bientôt une heure au poste de combat. C'est quand même bizarre ?.

Il est treize heures. Le maître canonnier responsable vient de recevoir des ordres de la passerelle :
« Désignez trois hommes par pièce, pour se rendre aux cuisines pour prendre la nourriture ! »

Les servants sont désignés pour cette tâche. Enfin, nous allons nous restaurer et peut-être allons-nous apprendre quelques nouvelles. Les servants reviennent environ un quart d'heure plus tard. Ils ont les bras chargés de victuailles, boules de pain, boîtes de conserves de bœuf que l'on appelle de 'singe', bananes, bidons de vin et café. Tout de suite je remarque sur leur visage, comme une profonde déception, un pli d'amertume sur le coin des lèvres. Ils déposent la nourriture sur la table que l'on a aménagée au fond de la batterie. Nous nous approchons d'eux, interrogatifs. Alors ?

« Les salauds ! » s'écrie l'un d'eux, la voix est rauque et reflète un vif désappointement.

« Mais qui a-t-il ? que se passe t-il là haut » demande le chef.

« Ben voilà fait le servant. A la cuisine j'ai rencontré un copain. Il est timonier. Son poste est à la passerelle prés du commandant, il venait au ravitaillement. Il m'a confié que les anglais ne venaient pas nous chercher en amis comme nous l’espérions, mais pour nous faire prisonniers, toute l'escadre. Si nous ne nous rendons pas, ils nous coulent pour dix-sept heures, dernier ultimatum. L'amiral pas d'accord ne marche pas dans la combine. C'est tout ce que je sais. »

A l'annonce de cette nouvelle, la consternation est grande. Officiers-mariniers et marins restons sans voix. Les poings se serrent de colère. Un espoir cependant subsiste. L'heure de l'ultimatum fixé à dix sept heures, peut-être que d'ici là un arrangement interviendra.

C'est la gorge serrée que je m'efforce à manger la ration de pain et de bœuf qui s'est allouée.

« Allons les gars ! il faut manger un morceau, fait le chef de casemate. C'est peut-être un canular ? Prenons des forces ! »

Les réticents au partage de la victuaille se décident lentement à déjeuner, mais le cœur n'y est pas.

Tout à coup, le pointeur de notre pièce émet un juron. Par le sabord, ouverture pratiquée dans la coque du bateau il regarde vers l'extérieur. L'angle de vue n'est pas très grand, mais permet de distinguer à une centaine de mètres, le flanc bâbord du cuirassé STRASBOURG. Je m'approche du pointeur et par dessus son épaule, j'aperçois une vedette battant pavillon anglais, qui s'amarre à la coupée du navire français. Deux officiers de marine anglais, en tenue blanche, montent à bord du STRASBOURG. Ils sont accueillis par deux officiers de Marine française, ils se saluent militairement, puis se serrent la main. Normal entre officiers alliés ! il est quinze heures. La chaleur est insupportable dans la batterie. Heureusement que je suis légèrement vêtu. La sueur coule le long de nos corps et l'odeur de la transpiration est désagréable. L'éclairage est faible et je distingue difficilement le fond de la batterie. Un ordre vient de la passerelle :

« Faites remonter les bidons et autres récipients aux cuisines ! »

Aussitôt, sur un signe du Chef de batterie, les servants ramassent les gamelles et se précipitent sur les échelles menant aux ponts et aux cuisines. Ils ont de la chance, pendant quelques minutes ils vont pouvoir respirer un peu d'air frais. Et puis surtout ils nous ramènerons, nous l'espérons quelques nouvelles rassurantes. L'attente s'écoule, interminable.

Nos deux servants apparaissent enfin dans l'entrée de la batterie. Ils n'ont vraiment pas l'air réjoui :
« ça va mal les gars, nous avons eu des renseignements aux cuisines. Les Anglais et notre amiral ne sont pas d'accord. Dernier ultimatum dix-huit heures, si nous nous rendons pas ils nous coulent. »

Consternation ! les langues se délient, les commentaires de toutes sortes s'échangent. L'escadre anglaise à toutes facilités pour nous écraser dans cette rade de Mers el-Kébir. D'abord ils ont l'avantage d'être au large. Leurs cuirassés dotés de grosses pièces d'artillerie, n'auront aucune difficulté à nous atteindre par des tirs en courbe. Quant à nous, nous nous sommes amarrés par l'arrière à la digue située à l'entrée de la rade. Impossible de pointer nos pièces d'artillerie en élévation, le fort de Mers el-Kébir nous en empêche.

Je vérifie pour la ième fois mon matériel et les pièces de rechange. Je commence à être un peu fatigué et je m’asseoir sur mon caisson d'outillage. Alors commence une longue attente. Les regards se croisent, inquiets. Les conversations cessent et sur beaucoup de visages se lit un grand désarroi. Le martèlement régulier des machines sous pression nous parvient, assourdi. Les minutes s'égrènent lentement, dans un mutisme total.

Que va-t-il donc nous arriver ? Dix-sept heures trente, la fin de l'ultimatum anglais ne va pas tarder. Que le temps me semble long :
« Mais bon sang qu'est-ce que l'on attend pour foutre le camp ? » s'écrie un canonnier.

« Silence ! Pas de panique ! » fait le Chef de pièce.

La trouille me prend aux tripes, mais mon orgueil est le plus fort et je reste serein, en apparence seulement.

Les ordres de radio, nous parviennent de la passerelle. Le Chef de casemate y répond dans son bigophone, duquel s'échappent des sons inaudibles.

« Nous bougeons, ça y est les gars ! On appareille'!! fait le pointeur ». Je me penche par dessus son épaule. Effectivement, le BRETAGNE a bougé, mais si peu.

C'est alors qu'un grondement, lointain, puis très proche suivi d'une violente explosion, fait vibrer notre navire. Nul doute il s'agit d'un projectile. Celui-ci je ne le saurai que plus tard, est tombé sur la digue à laquelle le BRETAGNE est amarré. La tentative d'appareillage est stoppée nette.

Alors commence la tuerie la plus effroyable, qu'à l'age de dix huit ans je vais connaître.

Je me retourne pour observer mon chef de pièce. Il est blême, nous sommes tous blêmes. dans chaque regard se lit une sorte de résignation, d'impossibilité à se défendre. Un sifflement, puis une explosion secoue le navire. Le pointeur qui observe toujours à l'extérieur pousse un hurlement. Il se redresse, puis s'affaisse à mes pieds. Son corps soubresaute, la tête s'est détachée du tronc, coupée nette par un éclat d'obus. Le sang gicle de partout et m'atteint en plein visage. J'ai envie de vomir. Je n'en ai pas le temps. Un bruit assourdissant, suivi d'une boule de feu, traverse la casemate de haut en bas. Une violente explosion parvient des machines. L'électricité est coupée. D'un trou immense au centre de la casemate s'échappent des flammes.

Un obus de gros calibre a traversé le pont, puis notre batterie, pour exploser à l'étage en-dessous, au niveau de la machinerie. La chaleur devient intenable. C'est la panique je manque d'air. Un second maître ajuste son masque à gaz. Il étouffe, je l'aperçois de l'autre côté du trou béant, comme un cratère de volcan. Les flammes se font de plus en plus gigantesques. Mon pantalon commence à brûler. Le second maître, dans la fumée opaque tourne sur lui même, lève les bras pour s'agripper à une épontille. Il tombe dans les flammes en hurlant, aspiré vers le fond du navire. Je n'ai pu rien faire pour lui venir en aide.

Je m'accroche comme je peux aux pièces métalliques du canon. Le BRETAGNE prend de la gîte par bâbord, nul doute on coule. Une nouvelle salve atteint le navire. Les explosions se font de plus en plus fréquentes et rapprochées. Je n'entends plus rien, je deviens sourd, je suffoque et je vais mourir là, coincé à mon poste de combat. J'entrevois des matelots qui se précipitent vers la porte blindée communiquant à la casemate onze puis neuf, afin de regagner le pont. Par grappes, aveuglés par la fumée, ils se jettent dans les flammes de plus en plus ardents, qui s'échappent d'un grand trou. Des cris, des hurlements me parviennent. C'est atroce ! Pourquoi, mais pourquoi nous tuer ? Je regarde autour de moi. Je ne vois plus personne, tout le monde a disparu. Que se passe t-il donc ? Nous avons reçu aucun ordre d'évacuation ni d'abandon de poste !

Je réagis enfin que je suis en train de cuire là, tout vivant. Mon visage me brûle, je suis seul. Le bateau coule et je suis toujours à fond de cale. J'essaie de me déplacer légèrement vers la sortie, mais je m'arrête bien vite. Je suis au bord du trou. Le métal arraché par l'obus et léché par les flammes est en fusion. Mes souliers se consument lentement, mes pieds me brûlent. Je bute sur des corps inertes, sans vie, qui commencent à cramer, dégageant une odeur nauséabonde.

Depuis combien de temps suis-je là ? je l'ignore, que faire ? Dans la fumée opaque, sentant fort le mazout, je ne distingue plus rien du tout. Je lève les bras. Mes mains se heurtent aux différents circuits électriques, gaines de protection et autres accessoires fixés au plafond de la casemate. Je m'accroche, je me suspends ça résiste. J'effectue un rétablissement et je constate que mes pieds ne touchent plus le parquet métallique de la batterie. Un balancement du corps et j'avance doucement en m'agrippant désespérément des mains, à tout ce qui résiste. Je ne suis pas très lourd, heureusement. Je retiens autant que je peux ma respiration. C'est ainsi que progressivement j'arrive à la casemate onze. Il est temps, les munitions entreposées casemate treize explosent. La déflagration est puissante. J'ai l'impression que mes entrailles sont arrachées. Comme un chalumeau géant, les flammes balaient tout sur leur passage. Je suis projeté telle une crêpe contre des caissons. Mon visage me fait très mal, j'ai pris un coup de chaleur, je saigne. Je distingue à proximité des pièces de canon des corps allongés. Ils se débattent, se tortillent, sont la proie des flammes.

Le navire craque de toute part. Il continue à prendre de plus en plus de gîte.Je me traîne péniblement à travers les objets hétéroclites qui dégringolent de partout.

Je ne perds pas conscience et je garde, malgré mes souffrances toute ma lucidité. J'ai la trouille, mais je veux vivre ! Vivre ! Et non mourir à dix huit ans.

Tous ces événements se déroulent en réalité, rapidement. J'ai l'impression de vivre un long cauchemar. A force de cris, de pleurs d'énergie et surtout d'instinct de conservation, j'arrive aux pieds de l'échelle métallique. Elle même sur le pont et tous les matelots se bousculent, se battent, pour l'atteindre. C'est la seule issue de secours que nous ayons pour avoir une chance de survie.

Le navire continue à pencher dangereusement sur tribord. La panique s'empare des pauvres matelots. La majorité d'entre eux est blessée. Le sang coule et le bruit des explosions est couvert par des cris déchirants des agonisants.

J'essaie, au bord de l'épuisement, de me faufiler vers l'échelle. Impossible c'est la bagarre. Je reçois un coup violent en pleine figure. Je m'écroule groggy aux pieds de l'échelle et je perds conscience. Lorsque je reviens à moi, je constate que j'ai glissé sur le parquet, assez loin de l'échelle tant convoitée. Celle-ci s'est retournée, coinçant sous elle une dizaine de marins qui tentaient de gagner le pont. Le navire continuant à prendre de la gîte, je me trouve sur la cloison, qui maintenant fait fonction de plancher. L'accès au pont sans échelle m'est donc possible. Je m'accroche des deux mains au bord du trou. Après un effort inouï j'arrive à l'extérieur.

Je suis sur le pont, je respire enfin, mais le combat est violent. Les éclats d'obus et la mitraille me ramènent à la réalité. Je jette un regard dans la cage d'escalier. Dans la fumée noire je distingue les corps enchevêtrés, coincés de mes camarades, sous l'échelle. Certains bougent encore, que faire ? Je suis seul. J'ai beau crier, demander de l'aide, personne ne vient à mon secours.

Il ne faut pas que je reste à cet endroit. Je m'agrippe où je peux et c'est à plat ventre que je rampe sur le pont. Je me dirige vers le spardeck où se trouve les ou latrines de l'équipage. A cet endroit je trouverai un abri. J'y parviens après bien des difficultés, mais je dois me rendre compte qu'il faut renoncer à m'y abriter, même temporairement. En effet, les sont complètes, pleines de matelots qui, tassés les uns aux autres s'abritent des éclats d'obus. Les pauvres périront tous quelques minutes plus tard, écrasés lors de l'effondrement du spardeck.

Je continue ma progression, toujours en rampant vers l'avant du navire. Je m'appuie et m'abrite un court instant derrière la tourelle des pièces d'artillerie des 340. J'attends qu'une salve passe. Puis j'arrive ainsi sur la partie bâbord avant du navire qui lui, penche de plus vers tribord et ne va pas tarder à chavirer.

J'aperçois à l'avant du bateau, à la proue, un groupe d'une dizaine de matelots. Ils s'accrochent désespérement au mât de drisse. Ils ne savent pas nager. Ce sont pour la plupart des réservistes, j'en reconnais quelques uns. Ils entonnent la MARSEILLAISE et le bruit des explosions et de la canonnade, n'arrive pas à couvrir la puissance de leur voix. Ils vont mourir, sans espoir d'un secours quelconque, c'est la pagaille, le sauve qui peut, le chacun pour soi.

Je grimpe sur la rambarde de protection. La mer est là en bas, à mes pieds, c'est très haut, dix, quinze métres peut-être car l'avant du bateau se relève, je n'en sais rien.

L'eau est recouvert de débris de toute sorte, morceaux de bois, de bidons et surtout de mazout. Cela forme un ensemble noirâtre, visqueux, duquel s'échappe une épaisse fumée et petites flammes. Pas de chaloupe ni de canot de sauvetage en vue. Il faut prendre une décision, le navire continue à chavirer. J'ai peur, tant pis je saute. La réception en bas est brutale. Mes fesses heurtent la coque du bateau qui est recouverte de coquillages. Cela me fait très mal. Mon corps pénètre et s'enfonce doucement dans l'eau gluante de mazout en feu. J'ai du mal à effectuer quelques mouvements et la chaleur est atroce. Mon visage est brûlé, mon tricot de combat colle à ma peau. Je décide de me laisser couler. Je retiens mon souffle. L'eau en dessous est plus fraîche. Elle me fait du bien et je réussis à nager sous l'eau en m'écartant du navire. Je fais quelques brasses, je manque d'air je ressors ma tête de l'eau pour respirer. Au sortir de la nappe de mazout en feu, mon visage pénètre dans un brasier. Je hurle de douleur, j'aspire l'air que je peux, je ferme les yeux, je me laisse recouler dessous la nappe visqueuse de mazout. J'effectue à nouveau quelques brasses sous l'eau. Cet exercice épuisant, je le répète sans arrêt en me disant je veux vivre ! Vivre !

Tout à coup, comme un raz de marée, une vague énorme me projette à plusieurs mètres du BRETAGNE. Le navire vient de se retourner, la quille est en l'air. L'eau a été brassée violemment et la nappe de mazout s'est scindée en plusieurs parties. Je respire mieux et j'en profite pour faire la planche. Mais pas facile mon pantalon et mes chaussures me gênent. Alors commence pour moi, une sorte d'acrobatie nautique. D'abord, il me faut me débarrasser de mes souliers.. Je me laisse couler à plusieurs reprises pour déboucler les lacets. Puis après vient le tour du pantalon et du tricot de combat qui lui, est collé à ma peau. Je garde la ceinture autour du ventre elle peut m'être utile. Me voilà donc tout nu, libre de mes mouvements.

Des relents de mazout me montent à la bouche. J'en ai avalé pas mal. Mon corps est noir et recouvert entièrement de ce produit visqueux. Je saigne abondamment de la joue gauche. Un éclat m'a touché à cet endroit et avec la langue, je colmate l'orifice pour empêche l'eau de pénétrer dans ma bouche. Mes cheveux, mes sourcils sont grillés. C'est mon visage qui me fait le plus souffrir. Les brûlures au contact de l'eau salée, cela fait très mal.

Je me mets sur le dos, je fais la planche à nouveau, je récupère. Je me trouve à une cinquantaine de mètres du BRETAGNE. Il est complètement retourné. Sa masse inerte, immense et noire s'enfonce doucement dans les flots. Je vois des marins qui courent sur la coque. D'où sortent-ils ? Il y en a bien une vingtaine. A l'avant du bateau, à la chaîne amarrée au caisson d'ancrage métallique, une dizaine d'hommes sont agrippés. Ils n'ont pas lâché prise. Ils sont morts coincés, écrasés contre la coque du bateau lorsque celui-ci s'est retourné.

Un coup d’œil vers la côte, elle est loin très loin, pour un nageur blessé, épuisé. Je distingue quelques points noirs qui flottent à la surface de l'eau. Ce sont comme des naufragés qui luttent pour la vie. Certains s'accrochent désespérément à une planche, une table. Ils appellent « au secours ! ». Pas de canot de sauvetage e vue rien, sinon le bruit des canons et des éclats de mitraille qui balaient la mer. Je respire à fond et je me laisse à nouveau couler pour éviter de nouvelles blessures. Je refais surface et je nage sur le dos afin de récupérer. C'est ainsi que j'assiste avec horreur à une nouvelle scène atroce.

Le cuirassé BRETAGNE la quille en l'air, continue à s'enfoncer doucement dans les flots. La vapeur sous pression s'échappe des orifices du navire avec un grand sifflement. Des hommes qui n'ont pas pu ou sui ne savent pas nager, courent toujours sur la coque. Ils sont affolés, paniqués. Tout à coup une violente déflagration déchire l'atmosphère. La coque du BRETAGNE vient d'exploser. Des corps déchiquetés sont projetés dans les airs dans un tourbillon sanguinolent de chair, de métal, d'épaisse fumée noirâtre et de mazout en flammes. Des lambeaux de ce que furent des êtres humains me tombent dessus, ainsi que des morceaux de ferraille. Je dois à nouveau plonger sous l'eau, ainsi je suis à l'abri un court instant. Je nage le plus longtemps possible vers le rivage, je reviens en surface. Je vois le cuirassé STRASBOURG. Après un appareillage sur les 'chapeaux de roue', il fonce vers la sortie de Mers el-Kébir. Son artillerie est en action. Les veinards, j'envie l'équipage qui se trouve à bord de ce magnifique navire. Au moins ils se battent eux, ils font tout pour s'en sortir de ce traquenard. J'aperçois les hélices du STRASBOURG qui tournent à la vitesse maximum. Quelques pauvres matelots du BRETAGNE qui nagent vers la côte, se trouvent sur la trajectoire du STRASBOURG. Ils sont happés par les hélices, déchiquetés, broyés et engloutis dans les flots, aucun ne refait surface, terminé pour eux !

Je nage toujours, j'ai dix huit ans, je veux vivre ! vivre !

J'ai encore cinq cent mètres à faire environ. C'est alors qu'une nouvelle explosion secoue la mer mais avec une telle violence, que je sens mon corps qui va éclater. Le torpilleur MOGADOR vient d'être touché par un projectile anglais. Les grenades sous-marines qui se trouvent à son bord tombent à la mer. Comme elles sont armées pour exploser, l'une après l'autre, lors des opérations de chasse sous-marine, elles ne manquent pas d'effectuer leur sinistre besogne. Mais les victimes se sont nous les quelques naufragés qui tentons de survivre.

J'ai l'impression d'être écartelé. Les secousses durent une éternité. L'eau qui était tiède devient très chaude. J'ai le sentiment qu'en cet instant tout est fini. Je perds conscience un court moment. Mes jambes, mon ventre me font tellement souffrir que c'est la douleur qui m'empêche de sombrer dans le néant.

Je dois ma survie à ma parfaite connaissance de la natation. J'aime tous les sports nautiques et je fais parti d'une des équipes de water polo du bord. Dès que j'en ai la possibilité, je m'entraîne et je ne le regrette pas surtout en ce moment.

Les douleurs se calment. Je continue à nager vers la côte, j'arrive à la hauteur d'une embarcation, c'est la seule. Elle est chargée à ras bord de naufragés. Les plus valides tirent sur les rames. J'essaie de monter à bord et je m'agrippe à la coque par tribord, ce qui fait tanguer dangereusement l'embarcation. Un des matelots brandit une rame, me fait comprendre de ne pas insister sinon il me frappe. Il ajoute :
« Si tu montes on chavire accroche-toi à l'arrière. »

Je me laisse glisser à l'arrière du bateau.

Au niveau du gouvernail je vois traînant dans l'eau, un bout (morceau de cordage d'amarrage). Je saisi cette corde providentielle et je constate qu'à son extrémité est fixé un crochet métallique en forme d'S. Je porte obligatoirement à mon poignet gauche, comme tous les marins, une plaque d'identité métallique. Elle est fixée à une chaîne également en métal. Sur le bracelet se trouve une médaille sainte de SAINTE-ANNE-D'AURAY. C'est ma grand-mère paternelle qui me l'a offerte avant de partir à la guerre.

Elle est très pieuse grand-mère, c'est aussi ma marraine. Elle m'a dit qu'elle prierait beaucoup pour moi et que SAINTE-ANNE me protégerait des dangers.

J'enfile mon bracelet métallique au crochet du cordage. Je me laisse tirer par l'embarcation. Çà tient. J'ai un peu mal au poignet mais çà va. Je glisse dans l'eau. Je regarde ma médaille et je me prends à prier, à implorer Ste Anne. Je pleure, je suis épuisé, j'ai la bouche pleine de sang et je suffoque. Je perds connaissance.

J'ignore combien de temps je suis resté sans connaissance. Lorsque je reviens à moi, je constate que je suis toujours en remorque au canot. La terre n'est plus très loin et je distingue sur les rochers et la plage de Mers el-Kébir des gens qui s'affairent, qui courent de gauche à droite.

Au fur et à mesure que j'approche de la côte, toujours tracté à l'arrière de l'embarcation, je heurte, dérivant entre deux eaux, des corps mutilés. Certains sont accrochés entre eux, par grappes de trois ou quatre. Ils flottent sans vie, noirs de mazout, carbonisés. Le spectacle est horrible, je sens le reste de mes forces m'abandonner. Pendant de longues années, chaque nuit, je revivrai ce cauchemar.

Je me laisse tirer, la tête hors de l'eau. Je ferme les yeux à demi-inconscient, j'ai mal de partout.

Brusquement, une secousse au poignet gauche me ramène à la réalité. Ma chaîne et ma plaque d'identité viennent de se casser. L'embarcation continue sans moi. J'essaie de nager, je suis sans force. Épuise, je renonce à lutter. Mon corps se remet d'aplomb, à la verticale. Je coule lentement, attiré vers le fond, c'est fini adieu... Je revois mon enfance à LORIENT en Bretagne. J'étais heureux, insouciant, papa, maman, Olga ma petite sœur et puis grand-mère, je vous aime bien. Je coule, je n'ai plus mal et je m'enfonce dans un profond sommeil, léger ! léger !!...

Qu'arrive-t-il ? la pointe de mes pieds touche le fond. J'ouvre les yeux, je suis debout et l'eau m'arrive au raz du menton. J'ai pieds, je marche, donc je suis toujours vivant. J'avance vers les rochers, la côte se trouve encore à une cinquantaine de mètres. J'avance doucement et au fur et à mesure, mon corps sort de l'eau.

Je suis tout gluant, noir, mais j'ai les membres intacts. J'avance toujours, l'eau ne m'arrive plus qu'à la ceinture. Je suis nu, tout nu, couvert de mazout. J'appelle à l'aide, au secours. Épuisé je m'écroule sur les galets qui couvrent la petite crique attenante à la plage de Mers el-Kébir.

Ce sont des cris qui me réveillent, qui me tirent comme d'un profond sommeil. Je gis allongé, face contre terre, les pieds dans l'eau. Une ombre se penche sur moi et une voix faite :
« Venez ! Celui-ci respire encore ! »

Des mains me prennent délicatement et me portent vers les rochers au sec. Je suis allongé et enroulé dans une couverture : « Tiens bon on revient' ! » m'encourage-t-on. Je me sens mieux. Je respire, dommage que ces relents de mazout me reviennent sans arrêt. J'arrive à entrouvrir les paupières. Elles sont collées, mes cils et mes sourcils sont grillés. Mes cheveux sont cramés depuis un bon moment.

Je distingue comme dans un brouillard, le triste spectacle qui s'est déroulé là, devant moi. A quelques mètres, à mes pieds, la mer toute noire, souillée de mazout. Des corps sans vie, sont venus s'échoués sur la grève. Les clapotis de l'eau les font encore bouger. Tout au long de la rade, je distingue ce qu'il reste de BRETAGNE. Son épave est toujours visible et fume encore en surface.

A mes côtés sont alignés sur les galets, des corps inertes. J'ai le sentiment de veiller sur eux, de monter la garde. Les sauveteurs pénètrent dans la mer, l'eau jusqu'à la ceinture. Ils retirent des marins qui, accrochés à des épaves, vivent encore. Les corps visqueux, couverts d'huile et de mazout, glissent entre les mains des sauveteurs. Ce sont des cris des hurlements de douleur qui s'échappent de ces loques gluantes qui n'ont plus forme humaine. Beaucoup sont amputés des membres, c'est atroce. Je distingue plusieurs corps sans tête sur le bord du rivage. Comment ai-je pu m'en sortir de cette boucherie ?

L'activité des sauveteurs, un peu désordonnée peut-être est cependant très intense et efficace. Ce sont en majorité des habitants de Mers el-Kébir, des Orannais et des pieds noirs. Des camions bâchés sont arrêtés sur la route qui surplombe le bord de mer. Les autorités sont présentes. Le maire de la localité, ceint de son écharpe bleue, blanche et rouge se penche sur les blessés. Il les réconforte à sa manière, s'approche de moi et comme aux autres, me met le goulot d'une bouteille dans la bouche. Il m'invite à boire, j'avais une bonne rasade d liquide, çà me brûle dans la bouche, c'est du rhum, c'est bon. Je suis sonné, je vais bien, je deviens euphorique. Je m'enroule dans ma couverture. Je sens que l'on me transporte avec précaution et je m'endors. La nuit est tombée sur le port d'Oran.

Dans mon sommeil, je devine des mains qui me tripotent de partout. Ceci à le don de me réveiller définitivement. Je suis dans une grande salle aménagée en bloc opératoire. Plusieurs tables recouvertes de draps blancs font office de 'billard'. Des hommes, des femmes, tout de blanc vêtu, s'affairent autour des blessés.

Deux infirmiers s'occupent de moi. A l'aide de gros morceaux de coton, ils nettoient mes plaies souillées par le mazout. Mon corps est en partie débarrassé de ce liquide marron foncé. Les infirmiers agissent avec précaution. Ils emploient un produit huileux qui dissous toutes impuretés. Un troisième personnage s'approche de moi. Il me regarde et me demande comment çà va. Il examine mes blessures. Donne des instructions aux infirmiers, c'est un médecin. J'entends quelques bribes de conversation qu'ils font sur mon état de santé :
« Quelle chance ! miracle ! du BRETAGNE. Pansements gras, mercurochrome, beaucoup de repos ! »

Une forte odeur d'éther plane dans la pièce. Un infirmier s'approche de moi, il porte un bidon de lait. Il me tend un grand bol et j'avale son contenu avec délice. Cela me fait du bien et, j'apprécie la douceur du breuvage. Mes deux infirmiers continuent leur travail. Mon visage, ma tête sont recouverts de bandages. Seuls, trois orifices pour les yeux et la bouche, me permettent de respirer et m'alimenter. J'apprends que je suis soigné à l'école de St. André à ORAN. Cette école est transformée en hôpital en raison des graves événements qui viennent de se produire. Le personnel en tout les cas est très dévoué.

Je suis tout courbaturé mais les douleurs s'estompent peu à peu. Je m'appuie sur le bord de la table. L'infirmier me tend en souriant la ceinture en cuir de mon pantalon. C'est la seule chosa que j'avais sur le corps au sortir de l'eau. Il m'aide à enfiler une tenue de toile grise, genre pyjama. Je descends de la table et j'effectue quelques pas soutenu par mes deux infirmiers.

Tout à coup, je défaille, je me sens partir. J'ai envie de vomir. Un bassin m'est tendu et je me mets à rendre et le lait, et le rhum, et le mazout, et l'eau de mer ingurgités ces dernières heures. Je suis soulagé et je reprends doucement des forces. Je marche seul et je me dirige vers les toilettes. Là se trouve une glace et que vois-je, une momie qui me regarde. Je suis 'chouette' couvert de bandeaux, l'homme invisible quoi ?

J'ignore quelle heure il peut être ? Cela n'a pas grande importance. La nuit est déjà bien avancée et les infirmiers reçoivent toujours des blessés des morts.

Les premiers soins terminés, je suis dirigé vers un grand dortoir, celui des élèves de l'école de St. André, puisque ce sont les grandes vacances.

Un bon lit et des draps bien blancs m'attendent. Le dortoir est presque complet. Je me laisse prendre la température par mon infirmier. Il me fait absorber un grand verre d'eau accompagné d'un comprimé. Une minute plus tard je m'endors profondément dans les bras de Morphée, au royaume des anges.

C'est le va-et-vient des infirmiers qui me réveille. Le jour se lève à peine. Je suis à nouveau tout courbaturé et mon visage sous les pansements me fait mal, très mal, çà me brûle. Je m'assieds sur le bord du lit. J'interroge un infirmier sur ce qui se passe, pourquoi ce remue ménage ? Il me répond :
« ...que pendant la nuit, cinq marins sont morts. Ils n'ont pas de blessures graves, mais le mazout qu'ils ont avalé, les ont empoisonnés pendant leur sommeil. »

L'infirmier ajoute :
« Vous avez eu beaucoup de chance en rejetant le mazout que vous aviez absorbé. »

Je me lève péniblement et je me dirige au fond du dortoir. Je veux voir mes camarades morts. Je ne les connais pas et pourtant ils sont également du BRETAGNE. Ils ne portent aucune blessure apparente mais leur visage est devenu noir violet. Ils ont le même rictus des lèvres découvrant leurs dents. Ils ont dû souffrir avant de mourir.... et pourtant dans mon sommeil je n'ai rien entendu. Ils sont morts en silence empoisonnés.

Un médecin me demande de le suivre dans une grande salle attenante au dortoir. Il veut que je l'aide à identifier les cadavres que la mer a rejetée. J'accepte, mais bien vite je regrette. Des corps mutilés pour la plupart, sont allongés sur de grands draps blancs, à même le parquet. Il y en a bien une centaine me dit le médecin. Certains sont à moitié carbonisés, noirs, recroquevillés. Une odeur écœurante s'échappe de cet amas de chair et de ce qui était hier encore, des jeunes garçons bien portants, pleins de vie det d'espoir en l'avenir.

Je craque je n'en peux plus, je pleure.

Un infirmier me raccompagne à mon lit. Il me dit des paroles réconfortantes. Il va me chercher du café dans un bol et cela me fait du bien.

La vision que je garde de tous ces morts, agglutinés les uns aux autres, est toujours présente en ma mémoire.

Le médecin décide de me refaire les pansements du visage. L'infirmier me conduit dans la salle de soins qui jouxte le bloc opératoire. Je vois des chirurgiens, des infirmières, qui opèrent de grands blessés.

« Ils n'ont pas arrêté de la nuit » me dit l'infirmier en enlevant mes pansements. Mon visage est tout boursouflé, enflé et par endroit la chair est à vif. La peau du front et des joues se pèle comme une pomme cuite. Cela me fait très mal et l'infirmier me fait allongé sur la table. Avec délicatesse, il nettoie les plaies avant de les recouvrir avec de la gaze. Il s'attarde plus longtemps autour de ma joue gauche. Elle a été blessée assez profondément par un petit éclat. Il m'en restera sûrement une cicatrice.

L'infirmier me refait un nouveau pansement, plus léger que le précédent. Mes yeux et ma bouche sont plus dégagés. Quant aux cheveux n'en parlons pas, ils ont complètement disparus, roussis dans la bataille.

Je reste à l'école St.André quelques jours. Beaucoup de repos et une bonne nourriture me retapent rapidement. Comme je suis relativement valide, j'aide les infirmiers dans leur tâche pas toujours facile.

J'essaie, mais en vain, de faire parvenir un message à mes parents en métropole, pour les rassurer sur mon sort. Je saurai plus tard, que l'occupant allemand n'a pas manqué d'exploiter le drame de Mers el-Kébir en sa faveur, laissant des marins dans l'angoisse, sans nouvelle.

Le soir, avant d'aller me coucher, il m'arrive d'aller prendre l'air et un peu de fraîcheur, dans le square attenant à l'école St.André. Des orannais y viennent également et leur conversation est orientée sur la tuerie dont ils ont été les témoins et qui s'est passée là, sous leurs yeux, dans la rade de Mers el-Kébir.

Je vois encore de la fumée qui s'échappe des épaves des bateaux là bas au loin. Le cuirassé PROVENCE s'est échoué à la côte. La quille du BRETAGNE est encore visible.

Un couple d'algériens se promène dans le square. L'homme est vêtu d'une djellaba. La femme est voilée, seuls ses yeux sont visibles. Ils m'aperçoivent et ils s’assoient sur le banc en face du mien. Ils m'observent discrètement puis échangent quelques mots en arabe.

L'homme se lève, s'approche de moi et me demande dans un français sans accent :
« Excusez-moi Monsieur, mais puis-je faire quelque chose pour vous ? »

Je sursaute car j'étais loin, très loin dans mes pensées. Je lui réponds :
« J'aimerais s'il vous plaît que vous préveniez mes parents en France. »

C'est comme cela que mes parents et mon camarade d'enfance Paul RIO ont été prévenus par télégramme, que j'étais vivant.

Je n'ai jamais plus revu ce couple d'algériens pour leur manifester ma reconnaissance et leur dire encore merci ! Je les revois comme si cette scène s'était déroulée hier, cinquante années plus tard.

Le 06 juillet, les anglais reviennent avec leurs avions. Ils mitraillent à nouveau la rade de Mers el-Kébir. Ils attaquent le cuirassé DUNKERQUE avec des torpilles. Des matelots exténués, qui se reposaient sur le pont du navire, sont massacrés comme cela pour qui ? Pourquoi ? Pour rien ?

J'assiste aux obsèques de mes camarades au cimetière marin de Mers el-Kébir, j'ai tenu à y aller. L'amiral Marcel GENSOUL, notre amiral est présent. Il s'incline devant les cercueils de ses marins et prononce ces paroles, les larmes aux yeux :
« S'il y a un drapeau qui est sans tâche, c'est bien le nôtre, le drapeau français ! »

Cérémonie émouvante, dure très dure à supporter - 1300 marins sont morts pourquoi ?

L'effectif du cuirassé BRETAGNE en période de guerre approche les 1400 marins. Seulement 200 marins environ en sont sortis mais dans quel état ? physique, mental ? Certains ont disparu et sont morts à l'intérieur du navire, environ 900. D'autres ont réussi à la nage à regagner la terre. Ils sont devenus fous ou amnésiques. Ils ont pris le maquis, on ne les a jamais revus, peut-être certains sont-ils encore vivants ?

Après un mois de repos au centre d'Ain el-Turck, je suis rapatrié en France à Toulon, où une nouvelle affectation m'attend, car la guerre n'est pas terminée.

Si mon récit vous a plu je vous raconterai le sabordage de la flotte à Toulon en novembre 1942 (Sabordage de la flotte à Toulon).

Parce que là aussi : « J'Y ÉTAIS »